Des rémunérations XXL loin des standards du service public
C’est l’un des enseignements majeurs du rapport conjoint de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) et de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGÉSR). Après avoir contrôlé de grands groupes de formation comme Galileo Global Education ou le Collège de Paris, les inspecteurs ont pointé des niveaux de rémunération particulièrement élevés pour les dirigeants, comme le detaille notre enquête sur le business des écoles privées.
À titre de comparaison, les chiffres du secteur public permettent de mesurer l’écart abyssal entre les deux mondes :
| Type d’établissement | Fonction dirigeante | Rémunération brute annuelle (estimations) |
|---|---|---|
| Université publique | Président d’université | 30 000 € à 100 000 € (hors cas particuliers) |
| Écoles privées lucratives | Directeur / Dirigeant de groupe | Jusqu’à 300 000 € (environ le triple du public) |
Si la mission précise que ces salaires ne sont pas jugés illégaux sur le plan juridique, ils contrastent fortement avec la structure des dépenses globales de ces établissements privés.
Un modèle économique dopé par l’apprentissage et l’argent public
Comment ces écoles parviennent-elles à afficher une telle rentabilité tout en offrant des rémunérations records à leurs têtes pensantes ? Une grande partie de la réponse réside dans le recours massif aux financements publics. Les fonds liés à l’apprentissage pèsent en effet entre 40 % et 70 % du chiffre d’affaires selon les groupes. Face à ces flux financiers considérables, une question cruciale se pose : l’État a-t-il les moyens de contrôler les écoles privées ?
Contrairement aux universités publiques, où la masse salariale et les enseignants permanents représentent environ 80 % des dépenses, les établissements privés privilégient l’externalisation. Ils s’appuient massivement sur des professeurs prestataires (souvent ubérisés) et injectent une part importante de leur budget dans des stratégies marketing et de communication agressives pour attirer de nouveaux étudiants.
« La confiance excessive dans la seule dynamique entrepreneuriale a créé un terrain propice à des dérives prévisibles. » (Extrait du rapport de l’Igas)
Un manque de transparence et des risques pointés du doigt
Le rapport ne se limite pas aux salaires des dirigeants et épingle plus globalement un manque de transparence financière. Certains groupes s’affranchissent régulièrement de l’obligation de publier leurs comptes annuels, tandis que les contrôles révèlent parfois des anomalies majeures. Dans un établissement pourtant certifié, la mission a ainsi découvert des incohérences de facturation et un potentiel détournement de fonds de plusieurs millions d’euros.
Face à ces dérives, l’Igas formule 32 propositions pour mieux encadrer le secteur, obliger les groupes à certifier la fiabilité de leurs comptes et protéger les étudiants. Des recommandations qui arrivent à point nommé alors qu’un projet de loi visant à réguler l’enseignement supérieur privé est sur la table des parlementaires.















