Interdiction bachelor et mastère : le plan de l’État

Le gouvernement entend mettre fin au flou artistique qui règne dans l’enseignement supérieur privé en s’attaquant directement aux appellations bachelor et mastère. Un projet de loi de régulation, actuellement sous le feu des projecteurs politiques, pourrait purement et simplement bannir ces termes du vocabulaire des écoles non académiques.
bachelor master fin du game

Le piège des mots : quand un simple « e » change tout

Si tu as déjà arpenté un salon étudiant, tu as forcément croisé ces intitulés rutilants. Sur le papier, la promesse est séduisante : acquérir un niveau Bac+3 ou Bac+5 taillé sur mesure pour le marché de l’emploi. Le problème ? Dans l’esprit des familles, un bachelor est assimilé à une licence universitaire et un mastère à un master officiel. En réalité, il est primordial de comprendre la différence entre un master et un mastère pour éviter de tomber dans le piège des fausses équivalences.

Cette subtilité sémantique est loin d’être anodine. Elle empêche souvent les diplômés de poursuivre leurs études à l’université ou de passer certains concours de la fonction publique. La confusion s’est installée au point d’alerter les plus hautes instances de contrôle. Véronique Dominguez-Guillaume, rectrice déléguée en Occitanie, résume parfaitement l’enjeu :

« Le grade de licence ou de master, ce sont des appellations reconnues au niveau national et international. Il n’y a pas de possibilité qu’un diplôme qui s’appelle mastère soit un master. J’attire l’attention des familles sur ce « e », en quelque sorte problématique et trompeur. »

Ce que révèle le rapport choc des inspections générales

Publié le 26 juin dernier, le rapport conjoint de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) et de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGESR) dresse un diagnostic au vitriole. Les inspecteurs y dénoncent un véritable marché de l’illusion entretenu par certains établissements.

L’enquête met en lumière des pratiques marketing particulièrement agressives et des dysfonctionnements structurels :

  • L’accumulation d’intitulés : À l’ESG Lyon (groupe Galileo), la mission a comptabilisé 31 formations pour seulement 660 étudiants, dissimulant un nombre de titres réels bien plus restreint. Certaines écoles renomment même leurs cursus d’une année sur l’autre à des fins commerciales.
  • L’illusion des crédits ECTS : Délivrés sans contrôle académique par de nombreuses structures, ils sont présentés à tort comme un sésame automatique pour continuer ses études en master.
  • Le marché du RNCP : Les certifications professionnelles font l’objet d’un véritable commerce de location entre établissements sans création de contenu pédagogique propre. Il est donc crucial de vérifier ce que vaut vraiment un titre RNCP sur le marché du travail avant de s’engager.

« La coexistence de diplômes conférant un grade et de diplômes visés est une source de confusion, les différents acteurs rencontrés par la mission assimilant souvent l’ensemble à des formations « reconnues par l’État ». »

Un boom tiré par l’apprentissage et les aides publiques

Aujourd’hui, plus de 25 % des étudiants français poursuivent leurs études dans le supérieur privé, contre à peine 2 % il y a vingt ans. Pour les candidats aux cursus post-bac, maîtriser les critères entourant le grade de licence et le bachelor s’avère désormais indispensable pour s’y retrouver dans ce panorama surchargé.

Cette explosion s’est considérablement accélérée après la réforme de l’alternance de 2018 et l’instauration des primes Covid à l’embauche d’apprentis. Ce modèle économique ultra-rentable s’appuie largement sur les fonds publics. Un acteur majeur comme Galileo Global Education (qui regroupe 120 000 étudiants en France) encaisse environ 150 millions d’euros par an grâce à ses 20 000 apprentis financés via France Compétences. Pour asseoir son influence, le groupe a recruté plusieurs hauts fonctionnaires et figures politiques d’envergure, parmi lesquels Muriel Pénicaud, ancienne ministre du Travail, Benoît Ribadeau-Dumas ou encore Martin Hirsch.

Interdiction stricte ou encadrement renforcé : la bataille parlementaire

Face aux recommandations de l’Igas qui prône une interdiction nette des mots « bachelor » et « mastère », les géants du secteur privé tentent de contre-attaquer. Chez Galileo, on estime qu’éliminer ces repères internationaux risquerait d’accroître l’imprévisibilité de l’offre pour les recruteurs et les jeunes. Antoine Prodo, délégué général de Galileo Global Education, défend une approche alternative :

« Interdire ces termes ne réglera pas la question des formations de mauvaise qualité. La priorité est de garantir aux étudiants une information claire, complète et vérifiable sur la reconnaissance de chaque formation et ses débouchés. »

Le groupe suggère plutôt d’imposer un affichage obligatoire précisant le niveau de reconnaissance (RNCP, visa ou grade), les débouchés via InserSup et une mention type indiquant que la poursuite d’études reste soumise à la décision de l’établissement d’accueil. Porté par le ministère de l’Enseignement supérieur, le projet de loi de régulation promet des débats intenses au Parlement pour trancher définitivement le sort de ces appellations.

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