C’est une affaire qui avait secoué la scène rap hexagonale. En pleine ascension avec des disques d’or et de platine au compteur, Ryad Kartoum, plus connu sous le pseudonyme de RK, basculait du côté des faits divers au début de l’été 2021. De l’interpellation sous tension à Serris jusqu’à sa prise de parole poignante sur le plateau de l’émission Clique, retour complet sur un dossier judiciaire qui aura durablement marqué l’artiste et son public.
Juin 2021 : une intervention de police sous haute tension à Serris
Tout bascule le samedi 5 juin 2021 au milieu de la journée. Les forces de l’ordre du commissariat de Chessy sont alertées en urgence après l’appel d’une mère de famille. Dans un appartement situé cours du Rhin, à Serris en Seine-et-Marne, une violente dispute vient d’éclater au sein d’un jeune couple.
À leur arrivée devant le logement, les policiers tombent sur une porte close. À travers la cloison, une voix féminine paniquée crie qu’elle se trouve dans l’incapacité d’ouvrir, bloquée à l’intérieur. Après plusieurs sommations, le logement s’ouvre enfin. La scène découverte par les agents est particulièrement marquante :
- Une jeune femme de 20 ans présente un visage fortement ensanglanté et des marques évidentes d’agression.
- Plusieurs pièces du domicile portent des traces de sang au sol.
- L’occupant des lieux, l’artiste Ryad Kartoum, apparaît très énervé face à l’intervention des forces de l’ordre.
L’interpellation se déroule dans un climat d’extrême tension. L’artiste profère des injures à l’encontre des policiers avant d’être emmené au commissariat. Une vidéo immortalisant la scène sous un angle restreint sera même diffusée et largement relayée sur les réseaux sociaux au cours du week-end.
Quatre jours d’ITT et des versions qui s’affrontent
La victime, transportée à l’hôpital, se voit délivrer une incapacité totale de travail (ITT) de quatre jours par le médecin des Unités Médico-Judiciaires (UMJ). Le bilan médical fait état de douleurs dentaires, d’une plaie nasale ainsi que d’ecchymoses prononcées aux lèvres et sous l’œil droit, assorties d’un retentissement psychologique lourd.
Entendue par les enquêteurs, la jeune femme explique que le conflit a éclaté suite à la découverte de messages d’autres femmes dans le téléphone de l’artiste la veille au soir. Décidée à rompre, elle avait entrepris de faire ses bagages le matin même. C’est alors que la dispute a dégénéré en violences physiques, la victime affirmant avoir reçu une claque et des coups de poing au visage.
Placé en garde à vue pendant 48 heures, le rappeur minimise les faits. S’il reconnaît une altercation verbale et un contact physique pour retenir sa compagne, il conteste la volonté de porter des coups délibérés.
« Jamais je n’ai voulu lui mettre une patate. Je ne sais pas comment elle a eu son nez en sang », affirmera-t-il plus tard devant le tribunal pour expliquer la chute de son ex-compagne lors de leur empoignade.
Le jugement à Meaux : six mois de prison avec sursis probatoire
Après une première présentation devant le juge des libertés et de la détention qui le place sous contrôle judiciaire, le procès se tient le lundi 8 novembre 2021 devant le tribunal correctionnel de Meaux. Absente à l’audience pour éviter la pression médiatique, la plaignante se fait représenter par son conseil. Elle ne réclame aucun dommage et intérêt, exprimant une volonté unique : ne plus jamais revoir l’accusé.
Face aux réquisitions de la procureure et malgré la stratégie de la défense tendant à évoquer des violences réciproques, les magistrats tranchent. Déjà connu de la justice pour des faits commis alors qu’il était mineur, l’artiste est reconnu coupable.
Le tribunal prononce une peine de six mois de prison assortis d’un sursis probatoire. Cette condamnation s’accompagne de plusieurs obligations strictes :
- Une interdiction totale de contacter la victime ou de se présenter à son domicile.
- L’obligation de suivre un parcours de soins psychologiques.
- L’accomplissement d’un stage de responsabilisation et de sensibilisation aux violences conjugales.
Le temps du bilan et la prise de parole publique
Au-delà du volet strictement judiciaire, cette affaire aura marqué une rupture nette dans la perception publique du jeune prodige de Meaux. Évoluant dans une industrie où les déboires judiciaires font rarement l’objet de remises en question publiques, RK a fini par choisir la voie du mea culpa.
Invitation prise sur le plateau de l’émission Clique face à Mouloud Achour, le rappeur est revenu longuement sur cet épisode dramatique, abandonnant les postures de déni tenues durant la procédure :
« Je pensais pas qu’on allait en parler là, mais je ne vais pas me justifier. À 19 ans, je me croyais au-dessus des lois. J’ai pas été un homme, j’ai été con. Personne ne mérite ça », confiait-il à la télévision.
Au cours de cet entretien, l’artiste affirmait avoir entrepris un travail d’apprentissage personnel sur la notion de violence psychologique et verbale, déclarant s’être rapproché d’associations spécialisées pour comprendre la gravité de ses actes. Une démarche visant à tourner la page, sans pour autant effacer la réalité des faits jugés par les tribunaux.







