Fin du repas à 1 € et frais d’inscription multipliés par quatre : ce que prépare le Sénat

Payer 750 euros son année de licence au lieu de 178 euros pourrait devenir la nouvelle réalité pour des milliers d’étudiants. Dans les couloirs du Sénat, les élus viennent d’adopter un amendement explosif qui augmente brutalement les frais d’inscription à l’université pour les familles les plus aisées. En prime, ce texte prévoit la fin du repas Crous à un euro pour tous afin de financer une refonte totale des bourses.
senat fac

La pause de midi au restaurant universitaire ressemble désormais à un véritable parcours du combattant. Pourtant, cette scène quotidienne pourrait bientôt changer de visage dans tous les campus français. En effet, le Sénat vient d’adopter une mesure explosive lors de l’examen du budget 2027. Les sénateurs de la commission des finances veulent réformer en profondeur le coût des études supérieures. Leur méthode est simple : faire payer les familles les plus aisées pour sauver un système au bord de la rupture. Résultat, la quasi-gratuité historique de la fac publique vacille aujourd’hui sur ses bases.

La fin du repas à un euro pour tous les étudiants

Moins d’un an après sa généralisation, le repas Crous à un euro vit sans doute ses dernières heures. D’ailleurs, la sénatrice Vanina Paoli-Gagin ne mâche pas ses mots face aux conséquences de ce dispositif. Elle qualifie ouvertement cette mesure solidaire de catastrophe organisationnelle pour les œuvres universitaires. En clair, la fréquentation des restaurants a bondi de 48 % dès la rentrée universitaire.

Les files d’attente s’allongent désormais à perte de vue devant chaque bâtiment du Crous. De plus, les cuisines ne supportent plus cette charge colossale imposée au quotidien. Le matériel culinaire tombe régulièrement en panne et les équipes sur place subissent des burn-out à répétition. Par conséquent, la direction du Cnous doit puiser dans ses crédits de rénovation pour compenser les pertes.

Les Crous sont obligés de taper dans les crédits dédiés à la rénovation pour faire le repas à 1 euro.

Rappelons qu’un repas coûte en réalité 10,60 euros à produire pour l’établissement public. Ainsi, la commission propose de réserver ce tarif symbolique d’un euro aux seuls étudiants boursiers. Tous les autres étudiants paieraient à nouveau le prix classique de 3,30 euros pour leur plateau. Cette marche arrière budgétaire dégagerait immédiatement 150 millions d’euros par an d’économies directes.

Des hausses massives des frais d’inscription selon les revenus

Pour trouver de l’argent frais, les élus ciblent désormais directement les ménages les plus aisés. Actuellement, une année de licence coûte 178 euros et le master est fixé à 255 euros. Cependant, la nouvelle grille tarifaire prévoit de multiplier ces montants de façon spectaculaire. Le montant final dépendrait dorénavant du revenu fiscal de référence déclaré par les parents.

Un ménage qui déclare 50 000 euros par an paierait ainsi 750 euros pour une licence. Cela représente une augmentation brutale de 321 % pour le budget de ces familles. En master, l’inscription grimperait directement à 1 000 euros, soit une envolée de 292 %. De surcroît, la note devient encore plus salée pour les salaires plus confortables.

Une famille touchant 100 000 euros par an devrait débourser 1 500 euros en licence et 2 000 euros en master. Enfin, le Conseil d’État impose un plafond légal fixé à 3 900 euros pour les foyers les plus riches. Ce tarif maximal s’appliquerait à partir de 186 900 euros de revenus pour un cursus de licence.

Revenu fiscal annuelLicence actuelleNouvelle licenceMaster actuelNouveau master
Jusqu’à 50 000 €178 €750 € (+321 %)255 €1 000 € (+292 %)
Autour de 100 000 €178 €1 500 € (+742 %)255 €2 000 € (+684 %)
Plafond maximal (hauts revenus)178 €3 900 €255 €3 900 €

Deux visions politiques qui s’affrontent à droite

Cette proposition graduée n’est pas la seule vision examinée par la haute assemblée. En effet, la sénatrice Les Républicains Laurence Garnier défend un projet bien plus uniforme. Son rapport préconise d’instaurer des droits fixes de 900 euros en licence pour chaque étudiant. Elle souhaite également fixer le tarif du master à 1 300 euros par année universitaire.

Toutefois, la commission des finances privilégie pour le moment le modèle progressif de Vanina Paoli-Gagin. Cette approche permet de préserver les classes populaires tout en sollicitant davantage les foyers les plus aisés.

600 millions d’euros pour renflouer les facultés et les bourses

Cette flambée programmée des inscriptions universitaires poursuit un objectif budgétaire très précis. Au total, ce nouveau barème rapporterait chaque année 600 millions d’euros à l’État. La rapporteure prévoit d’allouer en priorité 200 millions d’euros à la modernisation des bourses étudiantes. En réalité, la réforme gouvernementale de 2023 n’a pas atteint ses objectifs d’élargissement social.

Le texte sénatorial propose donc de linéariser les montants pour effacer les effets de seuil pénalisants. Résultat, environ 35 000 nouveaux bénéficiaires pourraient intégrer ce dispositif d’aide financière. On dénombre aujourd’hui 656 114 étudiants boursiers sur l’ensemble du territoire français.

Par ailleurs, les 400 millions d’euros restants viendront soulager directement les universités. La quasi-totalité des établissements d’enseignement supérieur a voté un budget initial en déficit pour 2026. Cet afflux financier permettra donc de réparer les amphithéâtres dégradés et de financer les postes d’enseignants.

La sénatrice de l’Aube assume d’ailleurs pleinement la brutalité de ces arbitrages financiers. Elle évoque une petite couture indispensable pour éviter que le système universitaire n’explose totalement.

Un parcours semé d’embûches avant l’application réelle

Le vote intervenu en commission des finances constitue une première victoire pour la majorité sénatoriale. Pourtant, le texte doit encore affronter l’épreuve décisive de la séance publique dans l’hémicycle. Les forces de gauche dénoncent déjà une remise en cause frontale du principe de gratuité républicaine. De plus, l’avenir de ces mesures dépendra surtout des choix stratégiques du gouvernement.

Face aux blocages parlementaires, l’exécutif conserve la possibilité de recourir au 49.3 ou aux ordonnances. Dans ce cas, le pouvoir central pourrait écarter purement et simplement ces amendements sénatoriaux. En clair, les arbitrages définitifs sur le portefeuille des étudiants se joueront dans les toutes prochaines semaines. Le signal envoyé par le Sénat confirme en tout cas la fin d’un tabou historique sur la fac.

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