C’est une histoire surréaliste qui captive et indigne toute l’Allemagne. Une professeure de biologie et de géographie, aujourd’hui âgée de 62 ans, se retrouve au cœur d’un feuilleton judiciaire inédit après avoir profité des failles du système administratif pendant dix-sept longues années.
Enseignante dans un lycée professionnel de Wesel en Rhénanie-du-Nord-Westphalie entre 2003 et 2009, la fonctionnaire a brutalement cessé de travailler cette année-là en faisant valoir des troubles psychiques et des affections chroniques. Mais là où l’histoire bascule dans l’absurde, c’est que l’administration l’a totalement oubliée pendant plus de quinze ans.
Un salaire de 6 000 euros par mois perçu sans aucun contrôle
En Allemagne, les textes prévoient normalement qu’une expertise médicale obligatoire soit réclamée au bout d’un an d’absence pour évaluer l’aptitude d’un fonctionnaire. Mais à la suite d’un dysfonctionnement interne monumental, aucun examen n’a été exigé pendant près de deux décennies. Le proviseur actuel de l’établissement ignorait même jusqu’à l’existence et au nom de son employée.
Résultat : la professeure a continué de percevoir l’intégralité de sa rémunération mois après mois, accumulant une somme colossale au fil des années :
- Le montant mensuel : Un salaire compris entre 5 051 € et 6 174 € bruts perçu chaque mois sans interruption.
- Le pactole global : Plus d’un million d’euros cumulés en dix-sept années d’absence.
- Le signal d’alarme tardif : Ce n’est qu’après la médiatisation récente du dossier que les autorités régionales se sont enfin décidées à ordonner un contrôle médical.
Convoquée devant un médecin agréé, le couperet est tombé : la sexagénaire a été déclarée définitivement inapte à reprendre ses fonctions d’enseignante. Pour mettre fin à ce fiasco, la préfecture de Düsseldorf a prononcé sa mise à la retraite forcée à la fin du mois de mai.
Une baisse de revenus qu’elle refuse catégoriquement
Mais la fonctionnaire ne l’entend pas de cette oreille. Passer de la grille salariale de prof à la pension de retraite de la fonction publique implique une perte sèche d’environ 1 500 à 2 000 euros par mois. Un manque à gagner inacceptable pour l’enseignante, qui a décidé de porter plainte le 29 juin devant le tribunal administratif de Düsseldorf.
Elle exige l’annulation de sa mise à la retraite et réclame le versement de compensations financières rétroactives en cas de victoire en justice.
« Si le recours de la fonctionnaire contre sa mise à la retraite aboutit, le salaire retenu devra être versé rétroactivement. » — Porte-parole de la préfecture de Düsseldorf (dans Bild).
A-t-elle exercé un autre métier en parallèle ?
Alors que la justice administrative étudie son recours, le volet pénal de l’affaire s’accélère très nettement. Le parquet de Duisbourg a ouvert une enquête pour déterminer si la sexagénaire n’a pas commis une escroquerie d’ampleur en travaillant clandestinement pendant son arrêt maladie.
Des soupçons de plus en plus lourds pèsent sur l’ancienne professeure :
- Une activité de naturopathe : Les enquêteurs cherchent à vérifier si elle exerçait une activité rémunérée dans un cabinet paramédical en parallèle de son arrêt maladie.
- Un prix d’entrepreneuriat : En 2011, elle aurait conçu avec sa compagne une crème pour peaux sèches qui a remporté la 3e place d’un concours, assortie d’un chèque de 5 000 euros.
- Des éléments probants : Une perquisition menée à son domicile par la police a permis de saisir des données et documents jugés très intéressants par les enquêteurs.
Parallèlement, une procédure disciplinaire a été ouverte contre un agent du district soupçonné d’avoir sciemment fermé les yeux sur ce dossier d’absence hors norme. Entre recours en justice et enquête pour fraude, la prof en arrêt maladie n’a pas fini de faire parler d’elle Outre-Rhin.







