Assaf Granit : son restaurant Dagim menacé à Paris

Le nouveau projet parisien du chef étoilé Assaf Granit, baptisé Dagim, se retrouve au cœur d’une vive polémique avant même d’avoir servi son premier couvert. Ciblé par des appels au boycott et des messages hostiles sur les réseaux sociaux, l’établissement cristallise les tensions autour du profil du cuisinier israélien.
assaf granit

À peine le nom de cette future table a-t-il fuité sur la scène gastronomique de la capitale qu’une campagne de contestation s’est mise en place en ligne. Sur les plateformes numériques, plusieurs collectifs et militants pro-palestiniens appellent à bloquer et boycotter l’ouverture de cette nouvelle enseigne.

En cause : le parcours personnel et les prises de position publiques du chef natif de Jérusalem, régulièrement accusé par ses détracteurs d’avoir apporté un soutien actif aux opérations de Tsahal à la suite des attaques du 7 octobre 2023.

Une figure incontournable de la food parisienne

Si le nom d’Assaf Granit fait autant réagir, c’est parce qu’il s’est imposé en quelques années comme l’un des visages les plus influents de la gastronomie festive dans la capitale. Avec son associé Uri Navon et le collectif Machneyuda, le cuisinier aux bras tatoués gère aujourd’hui une trentaine d’adresses à travers le monde, de Londres à Berlin.

À Paris, son empreinte s’est construite autour d’une énergie débordante, de musiques entraînantes et d’assiettes généreuses inspirées du Moyen-Orient :

  • Shabour : ouvert dans le 2e arrondissement, devenu en 2021 la première table portée par des chefs israéliens à décrocher une étoile au Guide Michelin en France.
  • Kapara et Boubalé : des adresses nocturnes et chaleureuses mêlant recettes levantines et cuisine ashkénaze traditionnelle.
  • Shana et Tékès : des déclinaisons autour des assiettes à partager et du végétal, nichées au cœur du quartier Montorgueil.
  • Licouk : son tout premier glacier artisanal, récemment imaginé au 163 rue Saint-Denis pour proposer des créations servies en cuves traditionnelles.

Avec Dagim, le groupe comptait poursuivre son expansion parisienne. Mais la notoriété du chef attire désormais une contestation frontale liée directement au conflit au Proche-Orient.

Entre toque étoilée et uniforme de réserviste

Au-delà de ses talents aux fourneaux, l’engagement d’Assaf Granit suscite de vives réactions politiques. Âgé de 45 ans, l’homme avait accompli son service militaire régulier avant de ranger l’uniforme. Pourtant, au lendemain du 7 octobre, il a immédiatement répondu à l’appel de l’armée israélienne pour intégrer le corps médical en tant que réserviste.

Une double vie singulière qu’il évoquait sans détour lors de ses permissions à Paris :

« Un jour vous portez un tablier de cuisinier, le lendemain un uniforme militaire. Un jour votre principal problème est de ne pas trouver un bon poisson, le lendemain vous vous retrouvez sous les bombes. »

Désigné pour allumer un flambeau lors de la cérémonie officielle de Yom Haatsmaout sur le mont Herzl, Assaf Granit a toujours assumé son patriotisme. Il répète régulièrement concevoir chacun de ses restaurants comme une « ambassade culturelle » destinée à faire rayonner les saveurs, la musique et l’hospitalité de Jérusalem dans le monde.

La gastronomie rattrapée par les fractures géopolitiques

Le cas de Dagim illustre une tendance plus large où les enseignes culinaires deviennent des cibles de contestation politique. Ce phénomène ne touche pas uniquement Paris : à Berlin, plusieurs restaurants tenus par des chefs israéliens ont déjà fait l’objet de perturbations physiques et de dégradations.

Le célèbre chef Eyal Shani a ainsi été contraint de fermer son établissement berlinois au printemps dernier face à la multiplication des blocages. De son côté, Assaf Granit avait rapporté des actes de vandalisme contre les vitrines et miroirs de sa table berlinoise Berta, ainsi que des départs de clients apprenant sa nationalité.

Face à la contestation qui entoure le lancement de Dagim, le chef étoilé refuse de modifier son calendrier et maintient sa volonté d’ouvrir ses portes au public parisien.

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