La justice refuse 240 000 € à Jordan Bardella

La justice administrative et la CNCCFP ont retoqué près de 240 000 euros de frais de campagne présentés par Jordan Bardella pour les élections européennes de 2024, jugeant plusieurs dépenses étrangères à la conquête des suffrages.
bardella 2024 comptes

Même quand on arrive largement en tête des urnes avec plus de 31 % des voix, on ne fait pas ce qu’on veut avec la note de frais. Alors qu’il réclamait un remboursement forfaitaire de 4,13 millions d’euros à l’État pour financer sa campagne victorieuse lors des européennes de juin 2024, la tête de liste du Rassemblement national vient de se faire sérieusement recadrer par la cour administrative d’appel de Paris. Une décision marquante pour celui qui s’est imposé comme le leader politique préféré des Français en 2024.

Dans sa décision rendue en appel, la juridiction a confirmé l’invalidation d’une batterie de factures présentées par l’équipe du candidat d’extrême droite. Le motif ? L’argent public n’a pas pour vocation de financer les petites attentions diplomatiques, la convivialité ou le fonctionnement quotidien d’un parti politique.

Du champagne offert à Madrid aux dégustations en Gironde

Parmi les lignes de dépenses rejetées par les magistrats, certaines sorties d’argent prêtent à sourire mais n’ont pas du tout fait rire le jury de la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) :

  • Le cadeau espagnol : Une bouteille de champagne à 88 euros offerte à Madrid à Santiago Abascal, le patron du parti d’extrême droite espagnol Vox.
  • La tournée en Gironde : 400 euros dépensés pour 50 kits de dégustation achetés lors du Printemps des vins de Blaye.
  • Le Salon de l’agriculture : 798 euros d’entrées (soit 57 billets) pour déambuler dans les allées de la ferme de France.

Sur tous ces points, le couperet des magistrats est tombé net : ces cadeaux et moments de sociabilité « n’avaient pas pour finalité directe d’obtenir les suffrages des électeurs » français.

« Les dépenses qui, bien qu’engagées pendant la campagne par le candidat, n’ont pas pour finalité l’obtention des suffrages ne peuvent ouvrir droit au remboursement forfaitaire de l’État. » — Cour administrative d’appel de Paris.

Chauffeur, sécurité et restos requalifiés en fonctionnement du RN

Mais au-delà des bouteilles et des dégustations, c’est sur le volet de la logistique personnelle du candidat que la facture s’alourdit considérablement. La justice a estimé que certains services relevaient simplement du train de vie habituel du Rassemblement national et non d’un surcoût électoral :

  • 66 544 € de frais de protection rapprochée lors des déplacements de Jordan Bardella sur les plateaux médias.
  • 13 045 € de frais de restauration accumulés durant la période de campagne.
  • 3 941 € de frais de chauffeur privé pour assurer ses trajets quotidiens entre son domicile et le siège du parti.

Ces dépenses auraient été supportées par le mouvement politique en dehors de toute période électorale, ce qui interdit leur prise en charge par l’argent du contribuable. Le parcours politique du jeune président du RN fascine autant qu’il interroge, poussant de nombreux observateurs à chercher qu’a fait Jordan Bardella comme études avant d’accéder à ces responsabilités et au sommet de l’appareil partisan.

Vol en Martinique et fleurs pour Marine Le Pen validés

Si près de 240 000 euros restent définitivement à la charge de la tête de liste ou de sa formation politique, tout n’a pas été balayé par les juges. La cour a en effet fait preuve de souplesse sur d’autres factures plus directement intégrées à la mise en scène électorale.

Les magistrats ont ainsi validé le remboursement d’un billet d’avion vers la Martinique à hauteur de 6 337 euros, estimant ce déplacement légitime pour aller chercher les voix des électeurs ultramarins. De même, un bouquet de fleurs de 50 euros offert à Marine Le Pen sur scène lors du grand meeting de Marseille a été réintégré aux comptes, au titre du spectacle politique. Une proximité constante avec la famille Le Pen qui a toujours alimenté la chronique, comme lors des révélations autour de Jordan Bardella et Maria Carolina.

En revanche, d’autres bouquets déposés lors de cérémonies de commémoration locale ont été définitivement rejetés pour une raison très simple : faute d’avoir été relayés par l’équipe de communication sur les réseaux sociaux, ils n’avaient pas de portée électorale démontrée. En politique comme dans les comptes de campagne, l’effort ne compte que s’il est médiatisé.

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