Quand la justice condamne un proche à la prison, on imagine une sanction sévère mais encadrée par la loi. Pourtant, l’incarcération tourne parfois au cauchemar absolu. À la maison d’arrêt de Besançon, la détention a coûté la vie à John Gheidene.
Ce père de famille de 34 ans est mort le 29 décembre 2023 dans sa cellule. Les secours ont retrouvé son corps inanimé aux côtés de deux codétenus. L’un d’eux a également succombé au même moment dans des circonstances identiques.
L’autopsie a révélé une dose mortelle d’héroïne mélangée à des médicaments puissants. John n’avait pourtant jamais touché aux opiacés avant son incarcération. Ses avocats affirment qu’il a plongé dans la toxicomanie pour supporter l’horreur quotidienne de l’enfermement.
Une descente aux enfers derrière les barreaux
Tout commence en juillet 2023. Le tribunal inflige à John Gheidene une peine d’un an de prison pour des violences intrafamiliales. Dès son arrivée en détention, les agressions physiques commencent.
D’autres prisonniers le brutalisent régulièrement dans les coursives. Fragilisé, le trentenaire tente de se suicider par pendaison au mois de septembre. Les surveillants le sauvent de justesse, ce qui entraîne son hospitalisation d’urgence en psychiatrie.
À son retour, le personnel pénitentiaire le classe officiellement parmi les détenus vulnérables. La direction l’affecte alors au secteur B2 du bâtiment principal. Cet étage accueille théoriquement les profils les plus fragiles pour garantir leur sécurité.
Trois hommes entassés dans neuf mètres carrés
La réalité du terrain contredit totalement les belles promesses de prise en charge. La maison d’arrêt place John dans une cellule exiguë de seulement 9 mètres carrés. Deux autres hommes dorment déjà dans cet espace minuscule.
La loi française impose pourtant le principe de l’encellulement individuel. Pire encore, l’un des compagnons de cellule souffre d’une dépendance sévère aux stupéfiants. Les deux avocats de la famille, Florent Diaz et Jules Briquet, dénoncent une aberration totale.
C’est surréaliste : s’il y a bien un endroit où il ne faut pas faire de triplette ni mettre deux toxicomanes ensemble, c’est le B2.
Dans ce réduit irrespirable, l’héroïne devient la seule issue pour échapper à l’angoisse permanente. Maître Jules Briquet décrit un enfer carcéral régulé par des paradis artificiels destructeurs. Le piège de la dépendance s’est ainsi refermé sur le jeune père en quelques semaines.
La surpopulation étouffante de Besançon en cause
Ce drame met à nu la crise aiguë qui paralyse la prison bisontine. Construite en 1885, cette bâtisse historique s’effondre sous le poids des années et du manque d’agents. Les rapports successifs décrivent des conditions matérielles indignes.
Au moment du drame, la maison d’arrêt accueillait 430 détenus pour seulement 276 places disponibles. Le taux d’occupation dépassait alors les 156 %. En août 2026, le ministère de la Justice enregistre un taux alarmant de 166 % dans cet établissement.
Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté a visité les lieux en 2024. Le CGLPL a alerté les pouvoirs publics sur la vétusté flagrante et la désorganisation du site. Dans ce contexte chaotique, la surveillance des personnes en détresse devient quasi impossible.
Des stupéfiants au parloir et un procès civil
Pour l’administration pénitentiaire, la lutte contre les drogues reste une priorité quotidienne. Les services rappellent l’installation de filets antiprojections autour des cours de promenade. En 2023, les équipes ont mené plus de mille fouilles de cellules et deux opérations sectorielles d’envergure.
Pourtant, le poison pénètre toujours avec une facilité déconcertante. En février 2025, le tribunal a condamné le fournisseur de la drogue à quatre ans de prison pour homicide involontaire. Sa compagne a écopé de six mois d’emprisonnement pour avoir dissimulé la poudre lors d’un parloir.
La justice pénale a toutefois écarté la responsabilité directe des surveillants. Les proches de John refusent pourtant d’en rester là. Le 13 septembre 2026, ils ont officiellement saisi le tribunal administratif de Besançon pour engager la responsabilité de l’État.
L’obligation de protéger la vie en cellule
Les magistrats administratifs rendront leur décision d’ici la rentrée 2027. La famille réclame une indemnisation complète pour réparer les préjudices subis par les quatre enfants orphelins. Les avocats rappellent que l’État a le devoir strict de protéger la santé des personnes privées de liberté.
La Cour européenne des droits de l’Homme condamne d’ailleurs régulièrement la France pour l’état critique de ses établissements pénitentiaires. Selon le CGLPL, plusieurs centaines de détenus meurent chaque année en cellule sans transparence réelle sur les circonstances exactes.
Cette bataille judiciaire dépasse désormais le simple hommage à un jeune père disparu. Elle pose une question brutale sur notre société et la dignité humaine. Derrière les murs épais de nos prisons, la justice ne peut pas abandonner les plus vulnérables au désespoir mortel.







