SIRHEN : le fiasco à 400 millions de l’Éducation nationale

Pensé pour moderniser la gestion de 1,1 million d’agents, le logiciel SIRHEN est devenu l’un des plus grands naufrages financiers de l’État français. Après douze ans de retards, près de 400 millions d’euros engloutis et un taux d’efficacité dérisoire, le ministère a fini par jeter l’éponge pour réactiver ses vieux serveurs de 1980.
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Une promesse à 60 millions qui tourne au cauchemar budgetaire

L’histoire commence en 2007. L’Éducation nationale veut remplacer ses centaines de bases de données obsolètes par une plateforme unique. L’objectif est clair : gérer la paie, les carrières et les formations de l’ensemble de ses troupes sur un seul outil moderne. La feuille de route initiale est séduisante :

  • Budget prévisionnel : 60 millions d’euros.
  • Délai de livraison : 5 ans (fin du déploiement prévu en 2012).
  • Cible : 1,1 million d’agents du ministère.

Mais sur le terrain, rien ne se passe comme prévu. Le projet accumule les retards techniques et les rallonges budgétaires. En 2018, après plus d’une décennie de développement, le bilan fait froid dans le dos : le système ne gère qu’environ 18 000 personnes, soit à peine 2 % des effectifs visés, principalement des cadres et directeurs. Les enseignants, eux, n’ont jamais vu la couleur du logiciel.

« Gouvernance introuvable » et prestataires en roue libre

Comment un projet informatique a-t-il pu dérailler à ce point ? Dans son rapport annuel publié en février 2020, la Cour des comptes ne mâche pas ses mots pour qualifier ce désastre de la commande publique. Selon les magistrats, l’échec s’explique par un pilotage interne complètement défaillant.

Contrairement aux usages habituels, le ministère avait choisi d’externaliser la quasi-totalité de la conception. Résultat : une perte totale de contrôle technique face à des cabinets de conseil et des prestataires privés laissés sans réelle contrainte budgétaire ou calendrier strict. En plus de cela, le ministère aura vu défiler six ministres différents en dix ans, un manque de stabilité politique qui n’a rien arrangé à la conduite des opérations.

« L’investissement réalisé de 400 millions d’euros n’aura alors servi à rien. […] Le ministère est revenu à son point de départ. »

En juillet 2018, le ministre Jean-Michel Blanquer prend la seule décision qui s’impose et stoppe les frais. Le compteur total de cette gabegie financière s’arrête entre 378 et 400 millions d’euros, si l’on intègre la maintenance opérationnelle et les coûts de personnel rattachés au programme.

Le grand retour des ordinateurs des années 80

Pour éviter l’accident industriel et continuer d’assurer la paie des enseignants, le ministère n’a eu d’autre choix que de ressortir du placard ses logiciels historiques basés sur des technologies des années 1980. La blague ne s’arrête pas là : pour sécuriser ces vieux systèmes dépoussiérés en catastrophe et garantir leur fonctionnement pour dix ans, l’État a dû remettre 8 millions d’euros sur la table.

C’est sans doute le détail le plus grinçant du dossier : une enveloppe de 8 millions d’euros a suffi à stabiliser le réseau existant, alors que 400 millions ont été littéralement brûlés en pure perte en essayant d’inventer une alternative sur-mesure.

Un milliard d’euros jeté par les fenêtres dans le public

Si l’histoire de SIRHEN choque, elle s’inscrit malheureusement dans une longue série noire pour la transformation numérique de l’État français. D’autres projets pharaoniques mal ficelés ont subi un sort identique ces dernières années :

  • Le logiciel Louvois : Le système de solde des militaires, abandonné en 2013 après avoir coûté 465 millions d’euros de dysfonctionnements.
  • L’ONP (Opérateur National de Paie) : Stoppé net en 2014, avec une ardoise finale de 340 millions d’euros.

Mis bout à bout, SIRHEN, Louvois et l’ONP représentent plus de 1,2 milliard d’euros d’argent public engloutis sans qu’aucun outil opérationnel ne soit finalement livré. Pour le successeur de SIRHEN, l’Éducation nationale a décidé de faire preuve de plus d’humilité : elle s’appuie désormais sur RenoiRH, une solution logicielle interministérielle déjà existante, clôturant ainsi définitivement dix-huit ans d’un rocambolesque fiasco informatique.

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