Dans un paysage politique français dominé par les diplômés des grandes écoles, le CV académique du président du Rassemblement national détonne. Loin des bancs de l’ENA, sa scolarité cache une réalité contrastée entre facilités de départ et déroute universitaire.
Propulsé à la tête de son mouvement politique à seulement 27 ans, Jordan Bardella cultive une image de jeune dirigeant moderne et méthodique. Pourtant, son bagage universitaire suscite régulièrement des interrogations légitimes chez les observateurs. En fouillant dans les relevés scolaires officiels, on découvre un itinéraire étudiant très vite rattrapé par l’engagement partisan.
Un baccalauréat mention très bien dans le privé
Le parcours scolaire de Jordan Bardella débute sous de très bons auspices en Seine-Saint-Denis. Il effectue sa scolarité secondaire au sein du lycée privé sous contrat Jean-Baptiste-de-La-Salle, un établissement catholique réputé situé à Saint-Denis.
Élève sérieux et appliqué durant ses années d’adolescence, il décroche son baccalauréat économique et social en 2013 avec la mention très bien. Ce succès inaugural lui ouvre naturellement les portes des filières sélectives de l’enseignement supérieur.
Désireux d’intégrer l’élite politique républicaine, il prépare et tente le concours d’entrée de l’Institut d’études politiques de Paris. Cette tentative se solde par un échec qui bouleverse ses plans d’orientation initiale.
L’aventure universitaire à la Sorbonne tourne court
Après ce revers à Sciences Po Paris, le jeune bachelier se réoriente vers le système universitaire classique. Il s’inscrit à l’université Paris-Sorbonne en licence de géographie, tout en tentant une double licence exigeante associant histoire et espagnol.
La charge de travail et la rigueur universitaire imposent un rythme difficile. Dès le premier semestre, il récolte une moyenne de 5 sur 20 qui le pousse à abandonner immédiatement le cursus bi-disciplinaire.
Il parvient néanmoins à valider sa première année de licence de géographie en 2014. Mais cette réussite temporaire marque le début d’un décrochage académique brutal et irréversible.
Des notes catastrophiques révélées au grand jour
L’enquête fouillée menée par l’hebdomadaire Le Canard enchaîné a mis en lumière les résultats de sa deuxième année de licence. Les chiffres issus des procès-verbaux universitaires témoignent d’un désintérêt scolaire complet.
Au fil des sessions, ses résultats chutent avec des moyennes semestrielles de 5 sur 20 puis de 2,6 sur 20. Lors de sa dernière session d’examens, l’étudiant finit avec une note globale accablante de 1,8 sur 20.
Cette moyenne famélique s’explique par un absentéisme quasi total lors des partiels. Il ne s’est présenté qu’à une unique épreuve consacrée aux questions européennes, boycottant les neuf autres matières obligatoires.
Il faisait partie des cancres de la promotion, révèlent les archives universitaires retrouvées par la presse d’investigation.
Face à cette impasse manifeste, Jordan Bardella quitte définitivement l’université Paris-Sorbonne après trois années d’inscription, sans valider sa licence ni obtenir le moindre diplôme d’études supérieures.
Le choix radical de la politique professionnelle
Ce naufrage sur les bancs de la faculté coïncide directement avec son immersion totale dans l’appareil militant du parti frontiste. Adhérent dès l’âge de 17 ans, il gravit les échelons internes à une vitesse fulgurante.
Dès l’année 2015, le parti lui procure un premier contrat rémunéré d’assistant parlementaire européen auprès du député Jean-François Jalkh. Cette collaboration fait d’ailleurs l’objet de contestations judiciaires sur la réalité effective du travail fourni.
Il prend ensuite en charge la communication de cadres influents avant d’être propulsé porte-parole national puis patron des jeunes du mouvement. La politique active a définitivement remplacé les amphithéâtres parisiens.
Une singularité majeure au sommet de l’État
Dans l’histoire récente de la Ve République, accéder aux plus hautes fonctions sans diplôme du supérieur constitue une rareté absolue. Ses adversaires pointent régulièrement ce manque d’épaisseur technique sur les dossiers économiques et juridiques complexes.
Ses soutiens préfèrent louer son sens inné de la communication audiovisuelle et son profil affranchi des codes technocratiques traditionnels. Cette rupture académique incarne pour ses électeurs le symbole d’une ascension populaire guidée par le seul terrain politique.
Jordan Bardella a troqué les diplômes universitaires contre les tribunes électorales, transformant un échec scolaire patent en tremplin vers le pouvoir.







