Gérontologue ou gériatre : on parle de quoi ?
En France, on confond souvent gérontologie et gériatrie. La nuance est simple :
- Gérontologue : spécialiste du vieillissement au sens large. Il ou elle peut venir de la santé (infirmier, psychologue, neuropsychologue, ergothérapeute), du social (assistant de service social, coordinateur), de la sociologie, de la santé publique, voire du design de service ou de l’urbanisme. Sa mission : analyser les besoins, coordonner, prévenir, piloter des dispositifs et améliorer la qualité de vie des personnes âgées.
- Gériatre : médecin spécialiste du vieillissement. Il ou elle diagnostique, prescrit et prend en charge des patients âgés, souvent polypathologiques, à l’hôpital, en SSR, en EHPAD ou en consultation.
« Vieillir n’est pas une maladie : c’est une étape de vie qui demande des réponses adaptées, coordonnées et humaines. »
Missions : ce que fait un gérontologue au quotidien
Évaluer, coordonner, améliorer
- Évaluation gérontologique : autonomie (AVQ/AAF), cognition, nutrition, douleur, risques de chute, isolement.
- Plan d’aide personnalisé : montage des aides (APA, MDPH, dispositifs locaux), choix des services à domicile, solutions de répit pour les proches aidants.
- Coordination de parcours : lien entre hôpital, ville, EHPAD, services à domicile, famille. Le gérontologue s’assure que tout le monde parle le même langage.
- Prévention : ateliers mémoire, activité physique adaptée, numératie/démarches en ligne, nutrition, aménagement du logement.
- Gestion de projet : création d’un guichet unique seniors en mairie, déploiement d’une plateforme territoriale d’appui, expérimentation d’objets connectés non intrusifs.
- Qualité et éthique : respect du consentement, droits des usagers, repérage des maltraitances, promotion de la bientraitance.
Ce que fait le gériatre (aperçu utile)
- Consultation mémoire/falls clinic, évaluation gériatrique standardisée.
- Prise en charge médicale : iatrogénie, décompensations, polypathologies, soins palliatifs.
- Coordination pluridisciplinaire : infirmiers, kinés, ergos, diététiciens, psychologues, pharmaciens.
Compétences clés
- Relationnel : écoute, patience, pédagogie avec la personne âgée et ses proches.
- Coordination : savoir naviguer entre acteurs, dispositifs et financements.
- Culture gériatrique : notions d’anatomie, physiologie du vieillissement, prévention de la perte d’autonomie.
- Organisation : prioriser, documenter, suivre des indicateurs simples (retours à domicile, réhospitalisations évitables).
- Éthique et droits : consentement, bientraitance, protection juridique si besoin.
- Outils numériques : DMP/logiciels métiers, télésoin, gestion de projet collaboratif.
Où exerce-t-on ?
La gérontologie est partout où l’on parle de bien-vieillir :
- Hôpital et cliniques : gériatrie aiguë, SSR, équipe mobile, consultation mémoire, hôpital de jour.
- EHPAD et résidences autonomie : coordination, animation de la démarche qualité, accompagnement des équipes.
- Collectivités territoriales : CCAS/CIAS, services seniors, habitat inclusif, prévention de l’isolement.
- Associations et structures de l’économie sociale : plateformes d’accompagnement et de répit, aide aux aidants, portage de repas, transport adapté.
- Domicile : services d’aide et de soins (SAAD/SSIAD), équipes spécialisées (Alzheimer, réhabilitation, APA).
- Conseil et recherche : cabinets, start-up silver économie, laboratoires universitaires.
Tableau comparatif : gérontologue vs gériatre
Aspect | Gérontologue | Gériatre |
---|---|---|
Rôle | Analyse, coordination, prévention, pilotage de projets. | Diagnostic, prescription, soins médicaux gériatriques. |
Formation | Master en gérontologie/santé publique/psychologie, diplômes sociaux ou paramédicaux + spécialisation. | Doctorat en médecine + spécialisation en gériatrie (DES), internat. |
Où exercer | CCAS/CIAS, hôpital (coordination), EHPAD, associations, cabinets conseil, recherche. | Hôpital, SSR, EHPAD, cabinets/consultations mémoire, équipes mobiles. |
Actes | Évaluations, plans d’aide, coordination, ateliers prévention (sans prescription médicale). | Consultations, prescriptions, gestes médicaux, avis spécialisés. |
Statut | Salarié du public/privé associatif, contractuel, consultant, chef de projet. | Praticien hospitalier, libéral, salarié du privé (clinique/EHPAD). |
Salaire (ordre de grandeur) | Début de carrière souvent autour de 2 000–2 600 € brut mensuels (selon structure/collectivité) ; progression avec responsabilités. | En hôpital : plusieurs milliers d’euros brut selon échelon/guardes ; en libéral : revenus variables selon activité. |
Évolutions | Chef de projet, coordinateur territorial, direction d’établissement, recherche/enseignement. | Chef de service, filière gériatrique, recherche, enseignement, expertise. |
Études et voies d’accès
Pour devenir gérontologue (non médecin)
Plusieurs chemins mènent à la gérontologie. Le plus courant : un Master (bac+5) avec spécialisation vieillissement, santé publique, management des établissements, psychologie du vieillissement ou ergonomie. Tu peux aussi venir d’un diplôme paramédical (infirmier, ergo, psychomotricien, diététicien…) et compléter par un DU/DIU ou un master.
Exemples de parcours
- Licence sciences sanitaires et sociales → Master gérontologie (management de structures, coordination).
- Licence psycho → Master psychologie du vieillissement (évaluation cognitive, accompagnement).
- DUT/BUT carrières sociales → Licence pro coordination des parcours seniors → Master politiques sociales.
- DE infirmier/ergo/ES → DU gérontologie ou santé publique → fonctions de coordination/chefferie de projet.
Compétences à valider : méthodologie d’évaluation gérontologique, connaissance des dispositifs d’aide, conduite de projet, gestion d’équipe, culture numérique et data de base.
Pour devenir gériatre (médecin)
Classique mais exigeant : accès aux études de santé (PASS/L.AS), 6 ans de formation médicale générale (DFGSM + DFASM), puis internat avec DES de gériatrie. Tu te formes à la médecine interne du grand âge, aux syndromes gériatriques, à l’éthique et à la coordination avancée.
Salaire et conditions de travail
Côté gérontologue
- Débutant : souvent autour de 2 000–2 600 € brut mensuels selon la structure (association, collectivité, établissement), la région et les primes.
- Confirmé : 2 800–3 500 € brut mensuels possibles avec coordination territoriale, management d’équipe ou responsabilité de service.
- Chef de projet / direction : salaires plus élevés selon taille de structure, astreintes éventuelles et expériences antérieures.
Facteurs qui font varier la rémunération : taille du territoire, nature du poste (projet vs coordination quotidienne), horaires (journée, parfois réunions en fin de journée), astreintes rares mais possibles selon le contexte.
Côté gériatre
- Hôpital public : rémunération selon échelon, gardes et astreintes. Le volume horaire et l’organisation du service influencent beaucoup le net.
- Privé/libéral : revenus variables selon activité, localisation, consultations mémoire, vacations en EHPAD ou SSR.
Dans tous les cas, la qualité de vie au travail dépend du niveau d’effectifs, de la coopération entre équipes et de la présence d’outils numériques simples à utiliser.
Journée type (exemple)
8 h30 : revue des situations prioritaires (retour d’hospitalisation, chutes répétées). 9 h–12 h : évaluations à domicile avec un ergothérapeute ; montage d’un plan d’aide (téléassistance, adaptation salle de bain). 12 h30 : point avec le CCAS sur le programme prévention des chutes. 14 h : réunion EHPAD (qualité/bientraitance). 15 h30 : atelier numérique “démarches en ligne” avec des bénévoles. 17 h : suivi de projet (tableau de bord, indicateurs), réponses aux familles.
Avantages et défis du métier
Ce qui motive
- Impact social direct : autonomie préservée, réhospitalisations évitées, aidants soutenus.
- Travail en équipe : santé, social, associatif, institutions.
- Innovation continue : habitat inclusif, mobilité, technologies d’assistance.
Ce qui peut être exigeant
- Cas complexes : précarité, isolement, troubles cognitifs.
- Coordination chronophage : beaucoup d’acteurs, d’outils, de financements à articuler.
- Charge émotionnelle : fin de vie, épuisement des aidants. D’où l’importance de la supervision et de l’entraide d’équipe.
Conseils pour réussir et évoluer
- Lis l’environnement : qui fait quoi sur le territoire ? Quelles associations ressources ? Quels dispositifs utiles ?
- Standardise sans déshumaniser : check-lists d’évaluation, trames de plan d’aide, indicateurs simples.
- Forme-toi en continu : dénutrition, iatrogénie, troubles cognitifs, prévention des chutes, repérage des fragilités.
- Développe ta boîte à outils : communication non violente, entretien motivationnel, gestion de projet, animation d’ateliers.
- Soigne ta posture : éthique, respect des choix de vie, regard positif sur l’âge.
Exemples de postes « gérontologue » (non médecin)
- Coordinateur gérontologique : suit des situations complexes, pilote des réunions de synthèse, met à jour les plans d’aide.
- Chargé de projet bien-vieillir : lance un programme de prévention des chutes à l’échelle d’une ville ou d’un département.
- Référent aidants : met en place des solutions de répit, groupes de parole, partenariats locaux.
- Chef de service en résidence autonomie : encadre une équipe, garantit la qualité et la sécurité.
- Consultant silver économie : accompagne une structure dans le choix d’outils ou l’évaluation d’un dispositif.
Checklist avant de te lancer
- Tu aimes le contact humain et tu sais garder la tête froide face à des situations complexes.
- Tu veux un métier utile, ancré dans le réel, avec un impact visible sur l’autonomie.
- Tu es prêt·e à te former en gérontologie (master/DU/DIU) ou à suivre la voie de médecin gériatre.
- Tu sais travailler en réseau et animer des projets avec différents acteurs.
- Tu prends soin de ton équilibre perso : supervision, entraide d’équipe, temps de récupération.
Le monde vieillit, et c’est une chance pour inventer de nouvelles manières de prendre soin, d’habiter et de vivre ensemble. Si tu veux être au cœur de cette transformation, la voie de gérontologue est faite pour toi.