I. Dissertation Générale : Sujet 1 – Avons-nous la maîtrise de nos paroles ?
Problématique : Le sujet interroge la souveraineté du sujet sur son langage. Est-ce que le « je » possède le « dire », ou est-ce le langage qui s’exerce à travers le sujet ?
Analyse dialectique :
- Thèse : La maîtrise comme illusion de la volonté. La parole semble être l’outil pur de la conscience. Pourtant, comme le souligne Hegel, le mot est « universel » et ne capture jamais la singularité de la pensée. Nous sommes pris dans une structure linguistique qui préexiste à notre naissance (le langage comme fait social, Durkheim).
- Antithèse : La parole comme puissance du sujet. Contrairement aux animaux qui expriment des besoins, l’homme utilise le logos pour articuler le juste et l’injuste (Aristote). La rhétorique montre que la maîtrise est une conquête technique : l’art de convaincre (Cicéron, les sophistes) démontre que l’homme peut sculpter sa parole pour produire des effets déterminés.
- Synthèse : La maîtrise comme responsabilité (Réponse). La maîtrise n’est pas une possession, mais un engagement. Comme l’analyse Hannah Arendt, c’est par la parole que l’homme agit et commence quelque chose de neuf. La maîtrise de la parole se réalise dans l’acte de promettre : je suis maître de ma parole non quand je la possède, mais quand je la maintiens. C’est ici que la maîtrise rejoint l’éthique.
II. Dissertation Générale : Sujet 2 – Peut-on être heureux quand les autres ne le sont pas ?
Problématique : Peut-on isoler le bonheur de la condition humaine commune ? Le bonheur est-il un état solipsiste ou une réalisation politique ?
Analyse dialectique :
- Thèse : Le bonheur comme intériorité souveraine. Épicure ou Épictète posent le bonheur comme une question de sagesse personnelle. Rien d’extérieur ne peut entraver la paix de l’âme si le sujet est bien disposé. Le bonheur est une conquête contre les circonstances extérieures.
- Antithèse : L’illusion du bonheur indifférent. Rousseau montre que la pitié est une disposition naturelle : être heureux au milieu de la misère d’autrui est un déni de notre propre humanité. Levinas va plus loin : le visage d’autrui m’assigne une responsabilité qui rend le bonheur privé « indécent ».
- Synthèse : Le bonheur dans la justice. Le bonheur ne doit pas être pensé comme une bulle égoïste, mais comme une joie éthique. Spinoza montre que la joie est une augmentation de la puissance d’exister. Être heureux n’est pas ignorer la souffrance, c’est contribuer à une existence commune où la joie est possible. On ne peut être pleinement heureux sans une action pour rendre le monde plus juste.
III. Commentaire de texte : Nietzsche, Humain, trop humain (1878)
Thèse du texte : La science est une école de discipline intellectuelle, non un amas de vérités dogmatiques. La méthode prime sur le résultat.
Explication détaillée :
Nietzsche opère une distinction fondamentale :
- Le savoir vs l’esprit : Les « gens cultivés » connaissent les résultats de la science, mais ils n’en possèdent pas l’esprit. Ils considèrent leurs hypothèses comme des convictions fanatiques. Nietzsche dénonce ici une culture de surface.
- La méthode comme ascèse : La méthode scientifique (doute, vérification, prudence) est une « conquête » sur nos tendances naturelles à croire. L’homme préfère souvent une explication fausse mais rassurante à une vérité complexe et incertaine.
- La portée politique : Cette faiblesse intellectuelle n’est pas sans conséquences. Le fanatisme politique naît souvent de cette incapacité à soumettre ses opinions au test de la méthode. L’auteur conclut que l’éducation doit passer par l’apprentissage approfondi d’une science, non pour devenir savant, mais pour acquérir la vertu de la prudence intellectuelle.
IV. Voie Technologique : Focus sur « La technique peut-elle être mauvaise ? »
Problématique : La technique est-elle un simple outil (neutre) ou possède-t-elle une dimension morale inhérente ?
- Approche technique (neutralité) : Le couteau peut servir au chirurgien ou au meurtrier. La technique n’est qu’un prolongement de la main humaine (Bergson).
- Approche critique (autonomie) : Avec Ellul ou Heidegger, la technique moderne n’est plus un outil mais un « système ». Elle impose sa propre finalité : l’efficacité. Elle devient mauvaise quand elle détruit la nature et l’humain au nom d’un rendement qui échappe à toute sagesse (Hubris).
- Conclusion : La technique n’est mauvaise que par « omission » de la morale. Elle exige une responsabilité proportionnelle à son pouvoir, ce que Hans Jonas appelle « l’impératif de responsabilité » pour les générations futures.
Note : Ces pistes corrigées ne sont pas exhaustives. En philosophie, ce n’est pas la « réponse » qui est notée, mais la qualité de la problématisation et la rigueur de l’argumentation. Un candidat pouvait tout à fait défendre une thèse opposée, pourvu que le cheminement logique fût respecté.















