La DGSI choisit ChapsVision : la France tourne officiellement la page Palantir

Le gouvernement français vient d’annoncer une rupture historique : la DGSI abandonne définitivement le géant américain Palantir pour confier la gestion de ses données de masse à la pépite tricolore ChapsVision. Un tournant majeur pour notre souveraineté numérique, mais qui va prendre des années à se concrétiser sur le terrain.
dgsi palantir

Le divorce est acté : pourquoi la France dit adieu à Palantir

Si tu t’intéresses un peu à la tech et à la géopolitique, tu connais forcément Palantir. Fondée par Peter Thiel, un milliardaire proche de Donald Trump, cette entreprise américaine ultra-puissante est historiquement financée par la CIA. C’est son logiciel, « Gotham », qui aidait jusqu’ici nos services de renseignement intérieurs à traquer les menaces les plus complexes.

Mais voilà, dépendre des États-Unis pour analyser les secrets d’État français, ça commençait sérieusement à coincer au sommet de l’État. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a enfoncé le clou lors d’une annonce officielle dédiée à l’intelligence artificielle :

« Nous ne pouvons pas accepter de nouvelles dépendances stratégiques dans le numérique. »

L’objectif affiché est limpide : éviter à tout prix qu’un partenaire étranger puisse un jour couper le robinet de l’IA et paralyser nos services secrets. La décision politique est d’autant plus symbolique qu’elle intervient en plein G7, alors que Donald Trump est sur le sol français.

ChapsVision : la pépite française qui rafle la mise

Pour remplacer le colosse américain, l’État a choisi de faire confiance à une entreprise bien de chez nous. Créée en 2019 par Olivier Dellenbach, ChapsVision est devenue en quelques années le champion européen du traitement de données grâce à une stratégie agressive d’acquisitions de start-ups.

La DGSI a retenu sa plateforme d’intelligence artificielle, baptisée Argonos (ou ArgonOS). Son rôle est d’ailleurs crucial pour la sécurité nationale :

  • Rassembler l’impossible : Elle collecte des données massives et totalement hétérogènes (textes, vidéos, enregistrements audio, documents administratifs).
  • Faire parler les données : Elle croise et structure ces informations pour permettre aux analystes de repérer des liens invisibles à l’œil nu.
  • IA agentique : La plateforme intègre des agents logiciels autonomes capables de réaliser des tâches d’analyse complexes pour assister les agents secrets.

Après avoir déjà remporté un premier lot fin 2024 pour la collecte et la préparation des données face à un consortium Thales-Atos, ChapsVision vient de décrocher le second volet stratégique lié à la modélisation et à la visualisation. La victoire est totale pour la firme française, qui a d’ailleurs déjà séduit le renseignement intérieur allemand (BfV) en mai dernier pour les mêmes raisons d’autonomie numérique.

Un retour en arrière historique : de l’urgence de 2015 à la souveraineté de 2026

Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut remonter un peu le temps. Souviens-toi du 13 novembre 2015. Après la terrible vague d’attentats terroristes qui frappe la France, les services secrets doivent s’équiper en urgence absolue avec les outils les plus performants du monde.

À cette époque, les industriels français n’ont rien en magasin. Palantir est le seul acteur capable de traiter des volumes aussi gigantesques de données. La DGSI signe donc un premier contrat en 2016, renouvelé successivement en 2019 et 2022. Plus surprenant encore, un ultime renouvellement de trois ans avait été acté en décembre dernier, provoquant la colère des défenseurs de la souveraineté numérique.

Cette signature de fin 2025 n’était en fait qu’une transition technique, le temps que l’alternative française OTDH (Outil de traitement de la donnée hétérogène), pilotée par la DGSI, soit pleinement opérationnelle. Le processus de migration logicielle s’annonce d’ailleurs long et extrêmement complexe : la bascule définitive d’un système à l’autre va prendre plusieurs années pour ne pas mettre en péril les enquêtes en cours.

Une souveraineté numérique encore fragile

Si la victoire de ChapsVision est un signal fort envoyé à la Silicon Valley, la France est encore loin d’avoir totalement coupé le cordon avec les géants de la Big Tech américaine.

De nombreuses administrations françaises continuent de renouveler massivement leurs licences auprès d’éditeurs étrangers. L’Éducation nationale a par exemple confirmé le maintien jusqu’en 2029 de son accord-cadre avec Microsoft pour équiper près d’un million de postes et de serveurs. La route vers l’indépendance numérique totale s’annonce donc encore particulièrement longue.

Actualités

Acquisition > Newsletter : Sidebar