C’est une nouvelle réplique qui vient secouer ce gigantesque dossier criminel. Lundi 20 juillet, aux alentours de la fin de journée, la colocataire de Daniel Siad a découvert le sexagénaire inerte sur le sol de sa cuisine. Malgré l’intervention rapide des secours et les tentatives de réanimation entreprises par une voisine, l’homme n’a pas pu être ramené à la vie. Selon les premiers éléments révélés par la presse, il aurait succombé à un arrêt cardiaque. Le parquet de Nanterre a immédiatement ouvert une enquête en recherche des causes de la mort et ordonné une autopsie pour écarter tout doute sur les circonstances du décès.
Du monde de la mode aux « Epstein Files »
Si son nom ne te disait rien il y a encore quelques mois, Daniel Siad était pourtant une figure centrale dans l’ombre du milieu de la mode depuis plusieurs décennies. Se présentant comme « scout » indépendant, son rôle consistait à repérer de jeunes mannequins à travers la France, la Suède, la Russie ou encore l’Afrique du Nord. Mais au début de l’année 2026, la déclassification massive de documents liés à l’affaire Jeffrey Epstein par le ministère américain de la Justice a fait l’effet d’une bombe : le nom de Daniel Siad y apparaît plus de 2 000 fois.
Les e-mails découverts par les enquêteurs révèlent une proximité troublante avec le milliardaire américain entre 2009 et 2019. On y découvre que le recruteur envoyait régulièrement à Epstein des photos, des mensurations, ainsi que des fiches détaillées de jeunes filles. Dans un message datant de 2014, il comparait même cyniquement son travail à celui d’un pêcheur, expliquant que certains jours « la prise » était bonne et que d’autres jours il n’y avait « pas de poisson ». Un document du FBI le désignait explicitement comme un rabatteur travaillant de concert avec Jean-Luc Brunel, l’ancien patron d’agences de mannequins.
Des accusations de viols et de traite d’êtres humains
Au cours des derniers mois, la parole des victimes s’était libérée. Au moins cinq femmes avaient formellement déposé plainte ou été entendues par la justice française pour des faits de viols et de traite d’êtres humains. Les témoignages décrivent un mode opératoire très rodé :
- Le piège de la carrière : Daniel Siad abordait de très jeunes femmes, parfois directement dans la rue comme sur les Champs-Élysées, en leur promettant un avenir brillant dans le mannequinat.
- L’isolement : Il organisait rapidement leurs déplacements vers Paris, Cannes ou New York, les coupant de leurs proches.
- La mise à disposition : Une fois sur place, les jeunes femmes étaient introduites auprès de Jeffrey Epstein ou d’autres figures influentes du milieu, subissant des agressions et des emprises psychologiques graves.
« Daniel Siad était tout près d’être arrêté. Nous avons travaillé si dur pour obtenir justice, et maintenant… C’est extrêmement frustrant. »
— Ebba P. Karlsson, ancienne mannequin et première plaignante contre Daniel Siad
Un choc immense pour les survivantes
De son côté, Daniel Siad contestait catégoriquement ces accusations. S’il reconnaissait avoir travaillé avec Epstein pour lui présenter des modèles, il affirmait sur les plateaux de télévision ignorer tout des activités criminelles du financier. Son avocate, Me Ménya Arab-Tigrine, a déploré que la justice n’ait pas pris le temps de l’entendre avant son décès, affirmant que la pression et l’attente avaient pesé sur sa santé.
Mais du côté des victimes et de leurs conseils, l’incompréhension et la colère prédominent. Les avocats des plaignantes dénoncent une inertie des autorités et une « faute grave » du parquet de Paris, estimant que la justice a manqué de réactivité pour interpeller le suspect avant qu’il ne soit trop tard.
Cette disparition intervient après les suicides successifs de Jeffrey Epstein dans sa cellule américaine en 2019 et de Jean-Luc Brunel à la prison de la Santé en 2022. Avec la mort de Daniel Siad, la procédure pénale s’éteint à son encontre, privant une nouvelle fois les victimes d’un procès face à l’un de leurs agresseurs présumés.







