Près de la moitié des 10-14 ans prêts à se réfugier sur l’IA, selon l’Arcom

La nouvelle loi instaurant la majorité numérique à 15 ans suscite une réaction inattendue chez les plus jeunes. Si les pré-ados approuvent massivement cette restriction, près d’un sur deux projette déjà de remplacer les réseaux sociaux par l’intelligence artificielle.
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Un soutien massif mais lucide de la part des 10-14 ans

C’est une étude inédite qui vient bousculer pas mal d’idées reçues. Alors que la loi pour bloquer les réseaux sociaux aux mineurs a été officiellement adoptée, l’Arcom a décidé de donner directement la parole aux premiers concernés. L’Autorité de régulation a ainsi consulté plus de mille enfants âgés de 10 à 14 ans pour mesurer leur perception de cette mesure historique.

Résultat des courses ? Les plus jeunes ne sont pas du tout récalcitrants, bien au contraire. Près de 70 % d’entre eux estiment que cette loi est une bonne idée. Un chiffre impressionnant qui montre un vrai besoin de cadrage face aux dérives d’Internet et à la surconsommation d’écrans.

Conscients des dangers qui les guettent au quotidien sur leurs téléphones, les collégiens expriment un besoin clair de protection. Parmi les risques les plus souvent cités par les jeunes interrogés :

  • 75 % redoutent d’être contactés par des personnes mal intentionnées ou dangereuses ;
  • 74 % craignent de tomber sur des contenus choquants, violents ou traumatisants ;
  • 75 % reconnaissent que l’usage intensif des plateformes a un impact négatif sur leur santé mentale.

« Les enfants sont demandeurs d’une protection qui vient de l’extérieur, même s’ils ont quelques doutes sur l’efficacité immédiate de l’interdiction. »

Le grand saut vers l’IA : la nouvelle échappatoire des collégiens

Si la grande majorité des ados se dit prête à jouer le jeu, la nature a horreur du vide. Interdire TikTok, Snapchat ou Instagram ne signifie pas pour autant que les écrans vont s’éteindre du jour au lendemain. C’est ici que l’étude de l’Arcom révèle un phénomène particulièrement captivant.

En cas de blocage effectif de leurs applications préférées, 70 % des enfants déclarent qu’ils consacreront plus de temps à des activités sportives ou culturelles. Mais une autre tendance majeure émerge : 44 % d’entre eux affirment que cette réglementation va entraîner un report de leurs usages vers les outils d’intelligence artificielle.

Chatbots interactifs, générateurs d’images, assistants virtuels… L’IA devient le nouveau refuge naturel d’une génération ultra-connectée. Privés d’espaces d’échange traditionnels, les pré-ados semblent prêts à transformer leurs habitudes numériques pour interagir avec des algorithmes intelligents plutôt qu’avec des flux de publications classiques.

Contourner la loi : la tentation du système D

Malgré l’adhésion globale au texte de loi, environ un tiers des 10-14 ans avoue sans détours qu’il cherchera un moyen de passer entre les mailles du filet. Sur les réseaux sociaux, les habitudes ont la vie dure et les réflexes de contournement sont déjà bien rodés.

Aujourd’hui, 93 % des 10-14 ans naviguent chaque semaine sur des plateformes de vidéos ou des réseaux sociaux. YouTube domine largement les usages (77 %), suivi de près par TikTok (40 %) et Snapchat (37 %). Pourtant, les mécanismes de contrôle d’âge existants restent largement insuffisants : moins d’un jeune sur deux a déjà reçu un message demandant de prouver son âge lors de la création d’un compte.

Face à la promesse de contrôles renforcés d’ici la rentrée, les jeunes réticents ont déjà identifié leurs solutions de secours :

  • Renseigner une fausse date de naissance : la méthode la plus citée par 64 % des fraudeurs assumés ;
  • Demander l’aide des parents : 27 % des enfants comptent sur la complicité familiale pour valider leur inscription ;
  • Utiliser des outils de géolocalisation : comme l’usage de VPN pour simuler une connexion depuis un pays étranger sans restriction.

Un défi inédit pour les parents et le régulateur

Cette consultation met en lumière le rôle central, mais parfois ambigu, de la sphère familiale. Si 99 % des parents sont parfaitement au courant des activités numériques de leur enfant et que 73 % ont installé un système de contrôle parental, la frontière reste poreuse. La loi ne prévoyant aucune sanction financière directe contre les familles en cas d’infraction, les échanges au sein du foyer s’annoncent décisifs.

Pour l’Arcom, ce constat marque le début d’un vaste chantier. Alors que son plan stratégique vise à renforcer la protection des mineurs en ligne, le glissement probable des usages vers l’intelligence artificielle pose de nouvelles questions d’éthique et de sécurité. Encadrer les réseaux sociaux est une chose, mais accompagner l’arrivée massive des plus jeunes sur l’IA en est une autre.

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