Prison avec sursis et bannissement web pour Naruto et Safine

Le tribunal correctionnel de Nice a tranché ce mercredi 5 août 2026 : les streamers Naruto et Safine ont été condamnés à de la prison avec sursis, de lourdes amendes et un bannissement numérique après les violences diffusées en direct sur le web.
naruto safine banni

Un verdict sous haute tension au tribunal de Nice

L’affaire qui avait profondément choqué Internet et révélé les dérives extrêmes des fictions en direct franchit une étape judiciaire majeure. Près d’un an après la tragique disparition du trentenaire dont nous relations déjà les faits lorsque le streamer Raphaël Graven alias Jean Pormanove est décédé en plein live, la justice maralpine a prononcé des peines fermes sur le plan symbolique, bien que dispensées d’incarcération immédiate.

Owen Cenazandotti, alias Naruto (27 ans), a été condamné à deux ans de prison avec sursis et 15 000 euros d’amende. Son acolyte Safine Hamadi, dit Safine (24 ans), écope quant à lui de 18 mois de prison avec sursis et 5 000 euros d’amende. Tous deux ont également été reconnus coupables de violences en réunion et de provocations à la haine ou à la discrimination.

Qu’est-ce que le « bannissement numérique » imposé par la justice ?

Au-delà des peines de prison avec sursis, la mesure la plus marquante reste l’interdiction d’accès aux réseaux sociaux. Issu de la loi SREN (loi visant à sécuriser et réguler l’espace numérique) entrée en vigueur en mai 2024, le bannissement numérique est une sanction récente pensée pour couper les cyberharceleurs et créateurs toxiques de leurs flux d’audience.

Pendant une durée stricte de six mois, la décision judiciaire impose plusieurs contraintes :

  • La suspension immédiate des comptes utilisés lors des diffusions litigieuses.
  • L’interdiction absolue d’utiliser ou de créer de nouveaux profils sur ces mêmes plateformes.
  • L’obligation légale pour les hébergeurs et réseaux sociaux de bloquer toute tentative de réinscription sous peine de 75 000 euros d’amende.

Si l’un des streamers tente de contourner cette mesure durant cette période, il s’expose jusqu’à deux ans d’emprisonnement ferme et 30 000 euros d’amende supplémentaires.

« Un système de maltraitance humaine » diffusé en direct

Rappel des faits : le 18 août 2025, le corps inerte de Jean Pormanove, 46 ans, était découvert sous un drap au terme d’un marathon vidéo hallucinant de 298 heures consécutives sur la plateforme Kick. Ces dérapages répétés avaient d’ailleurs conduit aux premières procédures judiciaires lorsque Naruto et Safine se sont retrouvés en garde à vue pour maltraitances sur Kick.

Bien que l’autopsie ait rapidement écarté un lien de causalité direct entre les violences et le décès — révélant des pathologies cardiaques préexistantes —, le contenu diffusé pendant des mois dans leur studio de Contes a fait l’objet de poursuites pénales distinctes.

Gifles, coups de batte de baseball, jets d’œufs, brimades répétés envers JP ou envers Stéphane G. (dit « Coudoux »), un homme sous curatelle : les audiences ont mis en lumière ce que le ministère public a qualifié de véritable rouleau compresseur d’humiliations orchestrées pour faire grimper l’audimat.

« Le concept repose sur la désignation d’une catégorie de personnes comme objet de mépris (…) Ce n’est pas un dérapage, les violences sont le scénario. »

Malgré les arguments de la défense présentant ces séquences comme des « défis potaches entre potes », la procureure a rappelé que le consentement apparent des participants ne sauraient annuler la gravité des faits ni l’abus de faiblesse caractérisé.

Kick et la rémunération des dérives dans le collimateur

Alors que la chaîne cumulait en moyenne 20 000 spectateurs chaque soir et générait plusieurs milliers d’euros de revenus mensuels, les ennuis judiciaires des deux créateurs ne s’arrêtent pas à cette condamnation niçoise. En parallèle, des procédures restent actives à Paris :

  • Une enquête financière visant les revenus non déclarés tirés des diffusions.
  • Une information judiciaire ciblant la plateforme Kick pour fourniture illicite de service et non-empêchement de délit.

Si l’avocat d’Owen Cenazandotti a salué un jugement plus mesuré que les réquisitions du parquet — qui réclamait du ferme sous bracelet électronique —, il a indiqué se réserver le droit de faire appel d’une décision jugée sévère par son client.

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