Mehmet Ali Ağca : du pardon de 1983 aux rives d’Iznik

Tu pensais l’affaire classée depuis des décennies, mais Mehmet Ali Ağca, l’homme qui a tiré sur Jean-Paul II en 1981, vient de refaire surface en voulant approcher le nouveau pape en Turquie.
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Tu pensais sans doute que cette affaire appartenait aux livres d’histoire. Pourtant, l’ombre de la place Saint-Pierre vient de ressurgir brutalement en Turquie. La police locale a dû intervenir en urgence pour éviter une rencontre explosive.

Le pape Léon XIV effectue son premier voyage officiel à l’étranger. Il se rend à Iznik, l’ancienne cité de Nicée, située au sud-est d’Istanbul. Comprendre comment devient-on pape et le parcours des souverains pontifes aide à saisir le poids écrasant de ce premier déplacement. Le souverain pontife célèbre sur place les 1 700 ans d’un concile fondateur pour la chrétienté.

Un résident très particulier attendait le chef de l’Église au bord du lac. Mehmet Ali Ağca vit désormais dans cette petite ville. L’homme a tiré sur Jean-Paul II en 1981, blessant grièvement le chef spirituel devant la foule romaine.

Jeudi matin, l’ancien terroriste interpelle les journalistes sur place. Il affirme vouloir saluer le nouveau pontife et lui souhaiter la bienvenue. Il réclame simplement deux ou trois minutes d’échange fraternel avec lui.

L’alerte monte immédiatement au sein des équipes de sécurité. Selon l’agence de presse turque DHA, les autorités intiment l’ordre au tireur de partir. La chaîne privée Halk TV précise que des policiers l’ont escorté directement vers Istanbul.

Le 13 mai 1981, les coups de feu de la place Saint-Pierre

Pour comprendre la panique des services secrets, il faut remonter quarante-cinq ans en arrière. Le 13 mai 1981, Jean-Paul II salue les fidèles à bord de son véhicule ouvert. Soudain, plusieurs détonations retentissent au cœur de la foule.

Deux balles atteignent grièvement le pape au niveau de l’abdomen. Les médecins opèrent Karol Wojtyla pendant plus de cinq heures pour lui sauver la vie. Au sol, les fidèles maîtrisent un jeune tireur turc de vingt-trois ans.

Cet homme s’appelle Mehmet Ali Ağca. Il milite déjà au sein des Loups gris, une organisation d’extrême droite turque. En 1979, il a abattu le journaliste Abdi İpekçi à Istanbul avant de s’évader.

L’attaque secoue la planète et illustre comment le Vatican est devenu l’un des États les plus influents du monde dans le jeu géopolitique global. La justice italienne condamne immédiatement le criminel à perpétuité. Le Vatican et les juges soupçonnent alors les services secrets bulgares et soviétiques d’avoir téléguidé l’attentat.

Le secret absolu de la prison de Rebibbia

L’histoire bascule dans le mythe le 27 décembre 1983. Jean-Paul II franchit la porte de la prison romaine de Rebibbia pour rencontrer son agresseur. Les caméras du monde entier immortalisent cette image stupéfiante.

Les deux hommes s’assoient face à face pendant vingt minutes. Aucun micro n’enregistre leurs paroles murmurées dans l’ombre de la cellule. Le souverain pontife accorde publiquement son pardon à l’homme qui a voulu le tuer.

Le contenu exact de leur discussion reste un secret absolu. Le pape refusera toujours de lever le voile sur cet échange intime. De son côté, Ağca commence à multiplier les versions contradictoires au fil des procès.

L’ancien magistrat italien Ferdinando Imposimato a dirigé les investigations. Selon lui, le tireur simulait la folie pour rendre ses déclarations inutilisables face à la justice. Markus Wolf, ancien cadre du renseignement est-allemand, confirmera plus tard qu’une organisation structurée soutenait Ağca.

Vingt-neuf ans de cellule et des délires mystiques

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Le détenu passe dix-neuf années derrière les barreaux en Italie. En juillet 2000, le président de la République italienne lui accorde une grâce durant le Jubilé chrétien. Ağca rejoint alors la Turquie pour purger le reste de ses peines.

Durant sa captivité, son attitude déroute les experts. Les médecins militaires lui attribuent un désordre avancé de la personnalité antisociale. L’homme perd pied avec le réel et sombre dans un délire mégalomane.

Lors de sa sortie de prison en janvier 2010, il diffuse un texte manuscrit délirant. Il affirme être le messie et prédit la destruction totale de notre monde durant ce siècle. Il prétend aussi vouloir réécrire la Bible et rencontrer Benoît XVI.

Le Saint-Siège refuse catégoriquement ses demandes d’audience. Pourtant, en décembre 2014, Ağca entre clandestinement en Italie. Il dépose des fleurs sur la tombe de Jean-Paul II avant d’être interpellé par la police.

Une présence impossible aux côtés de Léon XIV

Cette obsession envers la papauté ne s’est manifestement jamais éteinte. Lorsque Léon XIV annonce sa venue à Iznik, Ağca flaire une nouvelle occasion de faire parler de lui. Il imagine sans doute rejouer l’épisode du pardon sous les regards des télévisions.

Pour la diplomatie vaticane et pour la sécurité turque, une telle scène était inimaginable. Un face-à-face impromptu aurait totalement vampirisé la célébration religieuse du concile de Nicée. Les services de police ont donc coupé court aux espoirs de l’ancien tueur en l’éloignant sans ménagement.

À soixante-huit ans, Mehmet Ali Ağca reste hanté par son propre crime. Il poursuit les successeurs de sa victime pour retrouver une once de notoriété. Mais sur les rives d’Iznik, la réalité a rattrapé l’illusionniste de la place Saint-Pierre.

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