L’art de la fable galante au cœur de Paris
Fraîchement débarqué de la province, Dorante arpente les allées animées du jardin des Tuileries. Le jeune homme cherche aussitôt à séduire deux élégantes parisiennes avec une audace folle. En réalité, il s’invente un passé glorieux d’officier ayant combattu sur les champs de bataille allemands.
D’ailleurs, Pierre Corneille s’amuse ici à parodier les tirades épiques de son illustre tragédie Le Cid. Pourtant, un quiproquo immédiat brouille l’esprit du cavalier. En fait, Dorante confond les identités de Clarice et Lucrèce dès leur première rencontre.
Résultat, ce malentendu initial déclenche une avalanche d’inventions farfelues et incontrôlables. Alors, chaque rencontre devient le prétexte d’une nouvelle improvisation étincelante.
Une virtuosité théâtrale qui triomphe de la morale
Pour refuser un mariage arrangé par son père Géronte, le héros prétend être déjà marié à Poitiers. De plus, il affirme sans sourciller que sa prétendue épouse attend un enfant. Son fidèle valet Cliton observe ce spectacle quotidien avec un mélange d’effarement et d’admiration.
Évidemment, chaque mensonge oblige le bavard à échafauder une nouvelle fable encore plus extravagante. Ainsi, Corneille respecte scrupuleusement la règle des trois unités classiques en resserrant l’action sur une seule journée parisienne. Heureusement, le jeune insolent retombe toujours sur ses pieds au milieu des fureurs paternelles.
En clair, Le Menteur ne cherche jamais à punir son héros pour ses tromperies quotidiennes. Par contre, l’auteur transforme cette insolence en une réflexion profonde sur les artifices du jeu scénique. Enfin, la pièce célèbre le pouvoir créateur de la parole et le triomphe de l’illusion comique.







