Benjamin Brière : le calvaire fiscal d’un ex-otage en Iran

Après 1 079 jours de détention dans les geôles iraniennes, Benjamin Brière pensait avoir fait le plus dur. Mais c’était sans compter sur le mur de l’administration française qui l’attendait au tournant.
benjamin briere

Le fisc français plus fort que la prison d’Evin

Imaginez la scène. Vous rentrez en France après trois ans de « torture blanche » pour espionnage, et le premier organisme qui vous demande des comptes, c’est le Trésor public. C’est l’expérience surréaliste vécue par le Lyonnais lors de sa réactivation administrative.

Lors d’un échange avec une agente des impôts, Benjamin Brière s’est vu reprocher son silence fiscal depuis 2020. Le dialogue rapporté est digne d’un film d’Audiard :

« On m’a dit que même en prison, on fait sa déclaration… J’ai expliqué que j’étais en Iran. On m’a répondu : ‘Dans ce cas, votre famille aurait pu le faire’. »

Un conseil un peu difficile à appliquer quand on sait que durant sa première année de captivité, il n’avait aucun droit de communiquer avec ses proches. Par la suite, ses appels se résumaient à 15 minutes toutes les six semaines. « Les impôts n’étaient pas ma priorité », rappelle-t-il avec une ironie amère.

Radié de partout : la « double peine » de la libération

Pour l’ex-otage de 40 ans, être libéré est un choc presque aussi violent que d’être arrêté. En plus du traumatisme psychologique, il a dû faire face à une véritable mort administrative. À son retour, il n’existait plus nulle part :

  • Sécurité sociale : Droits fermés, rendant l’accès aux soins complexe.
  • France Travail : Dossier bloqué car il aurait mis « trop de temps » à réclamer ses indemnités.
  • Logement : Obligé de dormir sur le canapé de sa mère, sans aucune ressource.

Pour débloquer ses 8 000 euros d’indemnités chômage (soit huit mois à 1 000 euros), il a fallu l’intervention directe d’un député auprès du ministre du Travail. Une situation que Benjamin juge honteuse : « Devoir déranger un ministre pour toucher son chômage, c’est révélateur du problème. »

Un combat pour un statut juridique « Ex-Otage »

Aujourd’hui, Benjamin Brière ne veut plus être un « brouillon » de la réinsertion. Avec l’association SOS Otages, il milite pour que la France reconnaisse enfin un statut juridique spécifique pour ceux qui ont été les pions de la diplomatie internationale.

Ses revendications sont claires pour éviter que les prochains ne tombent dans ce no-man’s land :

  • La création d’un guichet unique pour faciliter toutes les démarches (fisc, santé, emploi).
  • La mise en place d’une allocation spécifique de réinsertion pour ne pas dépendre de la charité de ses proches.
  • Un accompagnement psychologique longue durée (ses séances lui coûtent actuellement 500 euros par mois).

Alors que d’autres Français comme Cécile Kohler sont récemment revenus d’Iran, le témoignage de Benjamin Brière souligne une faille béante : si l’État sait mobiliser sa diplomatie pour libérer ses citoyens, il semble totalement démuni pour les aider à redevenir des contribuables ordinaires.

Comme il le dit lui-même avec une lucidité glaçante : « Manger, boire et dormir ‘otage’, ce n’est pas bon. À un moment, ça va me péter à la tronche. » Pour lui, la liberté ne s’arrête pas à la descente de l’avion, c’est une reconquête quotidienne face à la machine administrative.

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