Un spécimen qui semble sortir d’un manga
Imaginez une créature dont la moitié du corps est grise et l’autre orangée. Ce n’est pas le pitch d’un nouvel animé, mais une réalité biologique observée dans la forêt de Kanchanaburi. Trois explorateurs ont déterré par hasard ce spécimen unique dans un terrier en forme de « V ».
Les biologistes de l’Université Chulalongkorn ont rapidement compris que cette mygale fouisseuse n’était pas comme les autres. Son nom, Inazuma, est d’ailleurs un hommage direct à un personnage de One Piece capable de changer de sexe et arborant un look bicolore asymétrique.
- Côté droit : Gris et blanc, correspondant aux caractéristiques du mâle.
- Côté gauche : Brun-orangé, typique de la morphologie femelle.
- Taille : Un mélange complexe entre les 1,5 cm du mâle et les 2,5 cm de la femelle.
Le mystère du gynandromorphisme bilatéral
Attention, on ne parle pas ici d’hermaphrodisme (où les deux sexes sont présents de manière fonctionnelle et souvent symétrique). Le cas de notre araignée est celui du gynandromorphisme bilatéral : une erreur génétique survenue dès les premières secondes de sa vie.
« Ce qui m’a le plus surpris, c’est qu’il s’agissait non seulement de la première mention d’un gynandromorphe de la famille des Bemmeridae, mais aussi d’une nouvelle espèce », explique Chawakorn Kunsete, auteure principale de l’étude publiée dans Zootaxa.
Selon les chercheurs, ce bug biologique proviendrait d’une anomalie lors de la division des chromosomes sexuels au stade de l’œuf. Les causes possibles ? Une infection parasitaire, un virus ou des facteurs environnementaux qui auraient « mélangé » les cartes génétiques dès le départ.
Une vie sentimentale… compliquée

Si ce spécimen est une mine d’or pour la science, sa vie sociale est plus complexe. L’analyse montre qu’elle possède des organes reproducteurs femelles (spermathèques), mais ses attributs mâles sont quasi inexistants ou atrophiés.
En clair, elle ne peut pas se reproduire seule. Les scientifiques estiment que dans la nature, ses chances de transmettre ses gènes sont nulles, à moins d’une intervention humaine par insémination artificielle. C’est le paradoxe de cette découverte : une prouesse de la nature qui condamne pourtant l’individu à être le dernier de sa lignée.
- Espèce : Damarchus inazuma (nouvelle pour la science)
- Dangerosité : Potentiellement venimeuse (du liquide a été observé sur ses crochets)
- Habitat : Terriers profonds dans les forêts tropicales thaïlandaises
Cette trouvaille rappelle que les forêts d’Asie du Sud-Est cachent encore des trésors d’évolution. Pour les experts, ce n’est que le début : le genre Damarchus est encore très peu étudié et pourrait nous réserver d’autres surprises bicolores dans les années à venir.








