L’enquête sur la disparition de la jeune Lyhanna à Fleurance, dans le Gers, a pris une tournure dramatique avec la mise en examen et le placement en détention provisoire de Jérôme Barella, 41 ans, pour enlèvement et séquestration de mineure de moins de 15 ans. Le profil de ce père de famille, en apparence « monsieur Tout-le-Monde », révèle des failles de sécurité et des antécédents judiciaires particulièrement alarmants.
Une plainte pour viols sur mineure de 10 ans ignorée pendant neuf mois
L’élément le plus étouffant de l’affaire réside dans les révélations obtenues par BFMTV auprès de la mère d’une adolescente prénommée Rosa, aujourd’hui âgée de 12 ans. Jérôme Barella fait l’objet d’une plainte pour viols répétés sur mineure de moins de 15 ans déposée en août 2025 à la gendarmerie de Plaisance-du-Touch, en Haute-Garonne. Rosa, qui avait 10 ans au moment des faits, était une amie des filles du suspect et fréquentait régulièrement son domicile à Montestruc-sur-Gers.
Malgré la gravité des accusations et des examens médicaux validés, le suspect n’avait jamais été convoqué ni entendu par les forces de l’ordre en neuf mois de procédure. Ce retard s’explique par un imbroglio administratif entre les parquets de Toulouse et d’Auch, le dossier ayant mis plusieurs mois à être transféré à la brigade de gendarmerie de Fleurance en janvier 2026. Une lenteur de l’institution judiciaire qui suscite la colère noire de la famille de la première victime, persuadée que le drame de Lyhanna aurait pu être évité alors que le père de sa meilleure amie était finalement placé en garde à vue quelques jours plus tard.
« J’ai appelé les policiers, et ils m’ont dit clairement que je les saoûle et que si je n’arrête pas d’appeler, ils déposeraient une main courante pour harcèlement. »
Confronté à l’époque par la mère de Rosa, Jérôme Barella avait nié en bloc et exercé un chantage affectif violent sur la fillette pour qu’elle se rétracte, menaçant de mettre fin à ses jours si elle ne disait pas qu’elle avait menti.
Un comportement déplacé récurrent dans le milieu scolaire
L’historique professionnel du suspect, bien que son casier judiciaire soit techniquement vierge au moment de ses recrutements, comporte également de lourds signaux d’alerte. Jérôme Barella a travaillé pendant un peu plus de trois ans comme agent d’entretien contractuel pour la région Occitanie, effectuant des remplacements dans plusieurs lycées du département du Gers à partir de septembre 2018.
Cette carrière s’est brutalement arrêtée en février 2021 à la suite d’un licenciement disciplinaire au lycée Lannes de Lectoure. La proviseure de l’établissement avait déclenché une procédure d’urgence après avoir constaté des attitudes inacceptables et déplacées de l’agent envers une lycéenne, à qui il envoyait des messages insistent et intrusifs sur les réseaux sociaux.
Des signaux d’alerte identifiés par les parents de Lyhanna
La proximité du suspect avec la jeune Lyhanna, née en 2014, répond à un mode opératoire similaire. Père de deux filles de 7 et 11 ans, il s’était progressivement immiscé dans le quotidien de la collégienne en lui apportant des goûters tous les jours devant l’établissement. Les parents de Lyhanna avaient toutefois perçu un danger après une soirée pyjama organisée en début d’année scolaire chez l’une des filles du suspect.
L’adolescente avait raconté que le quadragénaire s’était imposé pour lui faire des « chatouilles » de manière très insistante. Choqués par ce comportement intrusif, les proches de Lyhanna avaient immédiatement pris la décision de couper définitivement les ponts avec Jérôme Barella et son entourage.
- Vendredi 29 mai, 15h : Lyhanna est vue pour la dernière fois à la sortie du collège Hubert-Reeves, montant à bord du véhicule moderne de Jérôme Barella.
- Samedi 30 mai : Interpellation du suspect et placement en garde à vue, entrecoupé d’une brève hospitalisation pour des douleurs cardiaques.
- Lundi 1er juin : Transfert au pôle criminel d’Agen, mise en examen et incarcération. Le suspect choisit de garder le silence face au juge d’instruction.
Devant les enquêteurs, l’homme a reconnu avoir pris la fillette dans sa voiture mais prétend l’avoir déposée à sa demande près de la piscine municipale de Fleurance, à moins d’un kilomètre du collège. Une version qualifiée d’incohérente par la procureure de la République d’Auch, Clémence Meyer, alors que plus de 170 gendarmes, des plongeurs et des hélicoptères à caméra thermique ratissent activement les bois de Lalanne pour retrouver la moindre trace de l’enfant.








