Une perquisition sous haute tension en Haute-Savoie
C’est un véritable coup de tonnerre qui secoue le secteur de la puériculture et l’industrie tricolore. Toute la journée de jeudi, les enquêteurs de la brigade de recherche de la gendarmerie et les agents de la DGCCRF ont fouillé les locaux du fabricant à Rumilly. Confirmée par le parquet d’Annecy suite aux révélations du Dauphiné Libéré, cette opération coup de poing s’inscrit dans le cadre d’une enquête pénale ouverte pour « tromperie » et « pratique commerciale trompeuse ».
Pour le moment, aucune interpellation n’a eu lieu, mais de nombreux documents internes et des données stratégiques ont été saisis par les forces de l’ordre. L’objectif des enquêteurs est clair : mettre la main sur les preuves matérielles du circuit de production exact de l’icône des berceaux, vendue chaque année entre 700 000 et 800 000 exemplaires en France et à l’international.
Le pavé dans la mare lancé par Mediapart
Si la justice a décidé de passer à la vitesse supérieure, c’est à la suite d’une enquête choc publiée par le média d’investigation Mediapart au début du mois de mai. Le site révélait que la fabrication de la petite girafe en latex d’hévéa naturel était massivement externalisée en Asie, loin de l’image d’Épinal de l’artisanat haut-savoyard vendue aux parents. Ce n’est d’ailleurs pas le seul séisme à secouer le rayon enfants ces derniers temps, après l’affaire du rappel King Jouet pour de l’amiante dans des figurines Stretch.
Selon les informations de Mediapart, la supercherie autour de Vulli ne daterait pas d’hier :
- La sous-traitance de masse en Asie aurait débuté au moins depuis 2013.
- Des conteneurs entiers de girafes arriveraient totalement terminées sur le sol français.
- Le rôle de l’usine française se limiterait parfois au simple conditionnement dans des boîtes affichant fièrement le drapeau bleu-blanc-rouge.
La défense du patron : « Des girafes nues » faites en Chine
Face à la déflagration médiatique et aux investigations de la DGCCRF, le président-directeur général du groupe Vulli, Alain Thirion, a dû sortir du silence. Interrogé par l’AFP, le dirigeant a tenté de minimiser la situation en plaidant une réorganisation industrielle temporaire et des contraintes logistiques exceptionnelles.
« Vulli fait fabriquer ses girafes nues en Chine, mais elles sont toutes terminées et surtout contrôlées une par une en France. »
Pour justifier ce recours massif aux usines chinoises, la direction de Vulli évoque de lourds retards de cadences dans sa toute nouvelle usine de Saint-Nabord, située dans les Vosges. Le patron affirme également que la production d’une partie des pièces en Asie remonte à une trentaine d’années et n’a « jamais été un mystère pour personne ». Une ligne de défense qui peine à convaincre les autorités face aux volumes de conteneurs importés qui décrivent une réalité industrielle bien différente.
Un enjeu historique pour l’icône née en 1961
Créée en France en 1961, d’abord dans l’Oise avant de s’installer en Haute-Savoie en 1991, Sophie la Girafe est plus qu’un simple morceau de plastique. C’est un repère générationnel, le cadeau de naissance par excellence acheté par les parents et les professionnels de la petite enfance.
Au-delà de la crise de réputation majeure qui s’annonce sur les réseaux sociaux et dans les rayons des magasins de jouets, les risques financiers sont colossaux pour la marque tricolore. La législation française ne plaisante pas avec l’affichage abusif de la provenance nationale sur les étiquettes : l’allégation d’une fausse origine française constitue un délit commercial grave.
Si la justice valide la qualification de pratique commerciale trompeuse à l’issue de l’analyse des documents saisis à Rumilly, le groupe Vulli s’expose à des sanctions pénales particulièrement lourdes. L’amende maximale encourue par l’entreprise peut légalement atteindre jusqu’à 10 % de son chiffre d’affaires annuel global, menaçant l’équilibre économique de ce fleuron de la puériculture française.








