Après une semaine de cours ou de boulot, le burn-out te guette souvent. La tentation de rester couché sans bouger devient irrésistible. À Tokyo, un homme de 42 ans a fait de ce fantasme une véritable profession rémunérée.
Il s’appelle Shoji Morimoto, connu sous le pseudonyme de Rental-san. Cet habitant de la capitale japonaise facture sa simple présence physique. Il ne propose aucune conversation animée ni prestation manuelle, mais croule pourtant sous les sollicitations quotidiennes.
Du licenciement brutal au coup de génie sur Twitter
Rien ne prédestinait cet ancien étudiant en physique des tremblements de terre à une telle trajectoire. Embauché dans une maison d’édition éducative, il peine à s’adapter au moule traditionnel de l’entreprise nippone. Son employeur finit par le licencier en lui reprochant son manque flagrant d’initiative.
Son entourage lui répète constamment qu’il ne sert à rien lors des événements sociaux. Loin de sombrer dans la rancœur, Shoji Morimoto choisit de valoriser ce trait de personnalité atypique. En s’inspirant des écrits du philosophe Friedrich Nietzsche, il lance une annonce provocatrice sur Twitter en juin 2018.
Le message pose un cadre limpide pour tous les abonnés de son compte. Il se met en location pour n’importe quelle requête légale. Sa seule condition consiste à ne fournir aucun effort particulier sur place.
Je vous loue une personne qui ne fait rien. En dehors de manger, boire et donner des réponses simples, je ne fais rien d’autre.
Un tarif fixe de 10 000 yens pour tromper la solitude
Le succès dépasse immédiatement ses prévisions les plus folles dans une mégapole saturée de pression sociale. Shoji Morimoto commence à facturer chaque intervention au tarif forfaitaire de 10 000 yens, soit environ 75 euros. Le client prend également à sa charge ses déplacements en train ainsi que ses repas sur place.
En enchaînant deux à trois rendez-vous quotidiens, l’entrepreneur bâtit un business modèle particulièrement solide. Les médias financiers rapportent des revenus annuels atteignant 80 000 euros lors de ses exercices les plus denses. Avec les années, il laisse désormais ses commanditaires libres de fixer le montant final de la prestation.
Cette approche désintéressée renforce encore son immense cote de popularité sur les réseaux sociaux. Shoji Morimoto réunit aujourd’hui plus de 270 000 abonnés sur Twitter. Son aventure a d’ailleurs inspiré trois livres autobiographiques ainsi qu’une série télévisée diffusée sur les écrans nippons.
Des demandes insolites au cœur du quotidien tokyoïte
Les motifs de réservation couvrent un spectre humain incroyablement large. Une cliente a fait appel à ses services pour partager un dernier repas dans un restaurant sans repenser à son ex-mari. Durant trois quarts d’heure, l’homme est resté assis en silence sans forcer la discussion.
D’autres personnes sollicitent Rental-san pour des caps majeurs de leur existence d’adulte. Une femme l’a embauché pour sécuriser moralement la signature officielle de ses papiers de divorce. Un étudiant stressé a loué ses yeux pour s’obliger à rédiger sa thèse universitaire sans céder à la procrastination.
Le quadragénaire a même franchi les portes d’un café à micro-cochons avec un client angoissé par la foule. Il s’est également posté sur la ligne d’arrivée d’un marathon officiel. Le coureur souhaitait simplement apercevoir une silhouette neutre pour célébrer son exploit sans avoir à parler à des proches.
Une présence neutre loin de la thérapie médicale
Cette activité interroge frontalement le modèle de soutien psychologique au sein des sociétés modernes. Les ministères japonais de la Santé alertent régulièrement sur la hausse critique du sentiment d’isolement chez les citadins. Shoji Morimoto refuse pourtant avec force le titre de psychologue ou de travailleur social officiel.
Les clients apprécient précisément l’absence totale d’attente ou de jugement moral durant la rencontre. Contrairement à un membre de la famille, Rental-san n’exige aucune politesse forcée ni contrepartie émotionnelle. Il offre une oreille anonyme et détachée dans une société saturée d’obligations relationnelles étouffantes.
Cette prestation libère la parole sans créer de dette affective entre les individus. Le client dépose son fardeau le temps d’un café avant de reprendre le cours de sa journée. La neutralité devient ainsi un bien de consommation rare et précieux dans les grandes métropoles.
La location humaine comme miroir de la solitude moderne
Le marché de la compagnie tarifée connaît une expansion fulgurante sur le sol de l’archipel nippon. Les agences locales proposent la location d’amis factices pour les mariages ou de faux conjoints pour rassurer des parents vieillissants. Pourtant, le concept créé par Shoji Morimoto se distingue nettement de ces simulacres de mise en scène.
Il ne joue aucun rôle préconçu et refuse de masquer son identité réelle devant les inconnus. Sa posture prouve que la simple présence d’un corps humain suffit parfois à apaiser l’anxiété contemporaine.
En transformant son prétendu défaut d’origine en force professionnelle, ce Tokyoïte a redéfini le rapport au travail moderne. Sa réussite insolite rappelle que vivre à son propre rythme reste le plus grand des luxes actuels.







