Tsunami démographique à l’école : moins 1 million d’élèves d’ici 2035

Un million d’élèves en moins sur les bancs de l’école d’ici 2035 : la baisse démographique plonge le système éducatif dans une mutation historique sans précédent.
carte france démographie 2035

Les cartables se font plus rares sur les trottoirs et les cours de récréation s’animent un peu moins qu’avant. En cette rentrée, la baisse prononcée des naissances se répercute de plein fouet dans les salles de classe françaises. Le nombre d’écoliers du premier degré a chuté de plus de 10% en dix ans, passant de 6,77 millions en 2016 à 6,02 millions. Pire encore, une projection du ministère de l’Éducation nationale prévoit près d’un million d’élèves en moins d’ici 2035.

Cette onde de choc trouve en réalité ses racines dans des évolutions sociétales profondes, à l’image du report de l’âge de la parentalité, puisque les Françaises ont leur premier enfant à 29,1 ans en moyenne. Par conséquent, cette tendance de fond modifie durablement la pyramide des âges.

Deux visions s’affrontent face à la chute des effectifs

Alors que la classe politique cherche des solutions pour redresser les finances publiques, certains imaginent déjà financer des réformes grâce aux économies engendrées par cette vague de baisses démographiques. D’un côté, l’Institut des politiques publiques (IPP) a simulé deux scénarios majeurs pour les années à venir.

  • Scénario des économies budgétaires : Conserver une taille de classe constante (21 élèves en moyenne) et supprimer des postes d’enseignants excédentaires pour économiser jusqu’à 3,4 milliards d’euros en 2034.
  • Scénario de la qualité éducative : Garder le même nombre de professeurs pour faire chuter la taille des classes à environ 18 élèves, maximisant ainsi les performances scolaires et l’avenir professionnel des jeunes.

« Ce n’est pas là qu’il faut penser faire des économies, car on se prive de bénéfices futurs. » — Julien Grenet, économiste à l’Institut des politiques publiques

Quels sont les impacts chiffrés de cette baisse ?

Pour bien mesurer l’ampleur de cette transformation, voici un récapitulatif des projections et des options sur la table :

Indicateur / HorizonChiffre cléConséquence directe
Évolution sur 10 ans-10 % à -19 %Chute massive du nombre d’élèves dans le premier degré.
Scénario suppression de postes53 000 postes en moinsÉconomie de 3,4 milliards d’euros pour l’État en 2034.
Scénario classes allégées18,2 élèves par classeGain économique social estimé à 4,5 milliards d’euros.

Des inégalités territoriales et un contrecoup à venir pour le supérieur

Cependant, cette baisse globale cache de profondes disparités selon les départements, allant d’un recul modéré de -4,5 % à Mayotte ou -5,3 % en Haute-Savoie, jusqu’à des chutes vertigineuses frôlant ou dépassant les -25 % (comme dans la Meuse avec -27,4 % ou à Paris avec -29,3 %). Le nord et l’est de l’Hexagone s’annoncent particulièrement touchés par la diminution du nombre d’élèves d’ici 2035.

Pour consulter précisément l’évolution prévue dans votre département, voici l’ensemble des projections officielles département par département :

DépartementEffectifs 2035Évolution en %Évolution en effectif
AIN62 802-6,8-4 565
AISNE37 162-19,9-9 212
ALLIER21 027-14,0-3 421
ALPES-DE-HTE-PROVENCE12 723-5,1-682
HAUTES-ALPES10 163-8,4-928
ALPES-MARITIMES87 145-12,0-11 847
ARDECHE23 531-12,3-3 287
ARDENNES16 394-23,9-5 155
ARIEGE10 219-8,6-958
AUBE20 867-21,0-5 534
AUDE23 000-22,5-6 662
AVEYRON17 547-13,8-2 802
BOUCHES-DU-RHONE172 672-13,9-27 813
CALVADOS48 727-14,9-8 502
CANTAL7 796-15,6-1 441
CHARENTE22 226-16,2-4 285
CHARENTE-MARITIME40 828-14,2-6 774
CHER19 369-16,7-3 894
CORREZE15 646-7,4-1 250
COTE D’OR36 470-15,0-6 428
COTES D’ARMOR38 276-20,7-10 005
CREUSE5 768-20,0-1 442
DORDOGNE23 966-15,3-4 331
DOUBS42 847-11,3-5 488
DROME40 235-14,0-6 569
EURE44 927-19,5-10 857
EURE-ET-LOIR32 078-20,7-8 400
FINISTERE60 732-17,2-12 585
CORSE-DU-SUD9 580-16,6-1 909
HAUTE-CORSE11 033-11,6-1 441
GARD56 268-16,0-10 735
HAUTE-GARONNE114 123-11,5-14 849
GERS11 292-16,7-2 266
GIRONDE124 940-13,0-18 660
HERAULT90 402-14,8-15 754
ILLE-ET-VILAINE94 869-8,2-8 469
INDRE12 782-16,4-2 499
INDRE-ET-LOIRE44 982-14,8-7 814
ISERE98 596-17,2-20 435
JURA17 373-15,2-3 107
LANDES29 561-10,4-3 455
LOIR-ET-CHER22 636-13,6-3 570
LOIRE58 918-16,7-11 774
HAUTE-LOIRE16 316-12,2-2 262
LOIRE-ATLANTIQUE126 351-8,9-12 416
LOIRET54 810-16,4-10 759
LOT10 210-10,9-1 256
LOT-ET-GARONNE21 222-19,1-4 997
LOZERE4 687-16,1-894
MAINE-ET-LOIRE65 822-13,1-9 886
MANCHE32 897-16,7-6 574
MARNE40 505-17,3-8 505
HAUTE-MARNE10 654-15,7-1 983
MAYENNE23 373-12,5-3 333
MEURTHE-ET-MOSELLE44 544-24,5-14 480
MEUSE10 058-27,4-3 787
MORBIHAN57 472-9,9-6 304
MOSELLE70 984-19,5-17 169
NIEVRE11 552-16,2-2 228
NORD199 072-20,9-52 594
OISE65 806-19,4-15 802
ORNE18 663-11,5-2 421
PAS-DE-CALAIS106 963-20,3-27 093
PUY-DE-DOME43 986-18,2-9 784
PYRENEES-ATLANTIQUES49 031-9,3-5 033
HAUTES-PYRENEES14 313-13,7-2 271
PYRENEES-ORIENTALES34 910-14,4-5 867
BAS-RHIN80 663-18,0-17 717
HAUT-RHIN54 127-18,3-12 142
RHONE147 855-19,5-35 908
HAUTE-SAONE14 682-19,7-3 611
SAONE-ET-LOIRE35 413-17,8-7 666
SARTHE43 061-13,3-6 602
SAVOIE31 021-16,6-6 195
HAUTE SAVOIE80 663-5,3-4 544
PARIS96 013-29,3-39 892
SEINE MARITIME93 006-19,2-22 078
SEINE-ET-MARNE146 590-8,9-14 293
YVELINES143 270-7,4-11 482
DEUX-SEVRES24 127-17,4-5 094
SOMME39 791-16,0-7 579
TARN26 379-13,8-4 228
TARN-ET-GARONNE19 732-15,0-3 497
VAR82 639-11,2-10 447
VAUCLUSE43 299-19,5-10 489
VENDEE48 731-14,4-8 165
VIENNE26 654-22,3-7 656
HAUTE-VIENNE22 519-19,5-5 446
VOSGES20 935-22,7-6 138
YONNE21 621-19,6-5 271
TERRITOIRE DE BELFORT9 782-16,9-1 991
ESSONNE134 734-11,6-17 666
HAUTS-DE-SEINE129 327-13,1-19 422
SEINE-SAINT-DENIS166 310-13,0-24 831
VAL-DE-MARNE116 745-16,2-22 540
VAL-D’OISE133 005-13,5-20 839
GUADELOUPE33 000-16,6-6 554
MARTINIQUE23 008-23,0-6 873
GUYANE42 137-16,5-8 330
LA REUNION96 615-13,7-15 322
MAYOTTE62 285-4,5-2 949
France5 216 439-15,2-933 008

De plus, cette vague déferlante ne s’arrêtera pas aux portes du collège ou du lycée. À terme, comme le détaillent les analyses sur l’évolution des inscriptions dans le supérieur et les tendances jusqu’en 2033, c’est tout l’écosystème de l’enseignement supérieur qui devra s’adapter à cette diminution des flux d’étudiants.

Face à ce défi titanesque, le gouvernement a initié des expérimentations ciblées dans 18 départements pour repenser la carte scolaire. Une chose est sûre : cette vague de fond démographique s’apprête à bouleverser durablement l’ensemble du paysage éducatif français.

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