Comment l’IA de France Travail décide si tu es « suspect »
Si tu es inscrit à l’ancien Pôle Emploi, ton dossier pourrait bientôt être passé au criblage par une intelligence artificielle. Son nom de code ? « Ciblage du Contrôle de la Recherche d’Emploi ».
Présenté en comité d’éthique à la fin de l’année 2025, cet outil de machine-learning s’appuie sur un arbre de décision entraîné sur plus de 60 000 contrôles passés. L’objectif affiché par l’administration est limpide : prédire les manquements pour dresser des listes prioritaires de personnes à vérifier.
- Phase de test en cours : L’algorithme cible d’abord les personnes en rupture conventionnelle, jugées plus coûteuses.
- Passage à l’échelle : L’objectif est d’étendre l’outil à l’ensemble des inscrits, soit plus de 6 millions de personnes avec l’intégration des allocataires du RSA.
- Résultats accélérés : Sur les premiers essais, près de deux tiers des dossiers ciblés ont mené à une sanction ou à un suivi renforcé.
Cette pression renforcée intervient alors que le marché du travail se tend sévèrement pour les jeunes actifs, rendant la recherche d’emploi encore plus complexe au quotidien. N’hésite pas à consulter notre analyse sur l’alerte chômage chez les moins de 25 ans pour mesurer l’impact de la situation actuelle.
26 variables dans la moulinette : qu’est-ce qui t’expose ?
Concrètement, l’algorithme passe au peigne fin 26 données personnelles contenues dans ton profil. Même si la formule exacte et le poids des critères restent secrets, les éléments analysés en disent long sur le niveau de surveillance.
« L’algorithme va systématiquement taper sur les mêmes. C’est un passage à l’échelle de la discrimination. » – Soizic Pénicaud, Observatoire des algorithmes publics.
Parmi les critères retenus par l’outil, on retrouve des signaux du quotidien comme la visibilité de ton CV en ligne, le fait d’avoir manqué un rendez-vous, ou encore ton niveau de formation. La recherche d’un métier dit « en tension » ou le cumul avec une activité non salariée font aussi partie des radars.
Industrialiser le contrôle social : le vrai but du gouvernement
Derrière l’argument technique de la « suppression des a priori », les associations dénoncent une déshumanisation massive de l’aide sociale. L’utilisation d’algorithmes permet de transformer un choix politique en un simple calcul mathématique prétendument neutre.
Cette nouveauté s’inscrit surtout dans une course aux chiffres dictée par le gouvernement. Alors que 200 000 contrôles étaient réalisés en 2017, la barre a grimpé à plus de 700 000 en 2025. La feuille de route fixe désormais un cap à 1,5 million de contrôles d’ici 2027.
- Opacité totale : France Travail refuse de transmettre le code source de l’outil, malgré les demandes adressées à la CADA.
- Effet robotisation : Face à l’explosion des dossiers, les agents risquent de valider aveuglément les décisions suggérées par la machine.
- Génération future : La Quadrature du Net redoute déjà l’arrivée d’IA génératives pour dicter directement les sanctions aux contrôleurs.
Pendant que les outils comme MatchFT ou ChatFT se déploient au sein des agences, la frontière entre accompagnement personnalisé et surveillance de masse n’a jamais semblé aussi floue pour les demandeurs d’emploi.















