Clap de fin à Lyon pour le « Sciences Po de droite » de Marion Maréchal

C’est officiel, l’ISSEP, le célèbre « Sciences Po de droite » fondé par Marion Maréchal, quitte définitivement Lyon pour se replier sur la capitale. Derrière les belles promesses d’expansion se cache en réalité un bilan catastrophique, entre finances dans le rouge et diplômes toujours pas reconnus par l’État.
issep lyon

Une fuite en avant déguisée en promotion

Si tu passes souvent dans le quartier de la Confluence dans le deuxième arrondissement, tu as sûrement déjà aperçu les locaux du 56 rue Denuzière. Depuis 2018, c’était le repaire de l’Institut de sciences sociales, économiques et politiques. Mais à la rentrée de septembre 2026, les portes resteront closes.

La direction a tenté de faire passer la pilule en douceur. Dans un communiqué officiel, l’école explique vouloir voler vers de nouveaux horizons. L’objectif affiché serait de se rapprocher du cœur du pouvoir politique.

Nous arrivions en fin de bail dans ces locaux devenus trop petits. Nous allons être au cœur de Paris et de ses institutions, pour lancer une nouvelle formation de collaborateur d’élu.

Sauf que l’excuse des locaux trop exigus a du mal à passer. En grattant un peu, on découvre que l’antenne parisienne sur laquelle l’école se rabat existe en réalité depuis 2023. Ce déménagement ressemble donc davantage à une retraite stratégique forcée qu’à une véritable conquête territoriale.

Dans les coulisses d’un naufrage financier

Pour comprendre ce départ précipité, il faut regarder les comptes en banque. Dès 2022, une vaste enquête mettait en lumière la situation très fragile de cet établissement privé. Le modèle économique de l’ISSEP ne tient absolument pas la route sur le long terme.

Contrairement aux universités ou aux grandes écoles traditionnelles, l’institut ne vit presque exclusivement que de la générosité de riches donateurs privés et des frais d’inscription payés par les étudiants. Et la machine s’est très vite enrayée.

  • Les revenus liés à la scolarité ont lourdement chuté en un an.
  • Les charges de fonctionnement de l’institut ont explosé de près de 50 %.
  • Près de 90 % du chiffre d’affaires repose uniquement sur des dons extérieurs.

La situation était tellement critique qu’un audit a révélé l’impensable pour une école supérieure : une partie de l’équipe ne se versait même plus de salaire. En 2021, des milliers d’heures de travail ont été déclarées comme du simple bénévolat pour éviter la banqueroute totale.

Payer plein pot pour un diplôme fantôme

Au-delà de l’argent, c’est l’avenir des jeunes passés par ces murs qui pose question. Depuis sa création, l’ISSEP se vante d’avoir formé environ un millier d’étudiants. L’ambition de départ était immense : forger la nouvelle élite intellectuelle capable de prendre le pouvoir.

Pourtant, huit ans après son lancement en grande pompe, la réalité académique fait mal. L’école ne délivre toujours aucun diplôme officiellement reconnu par l’État français. Quand tu lâches plusieurs milliers d’euros pour tes études, ne pas avoir de certification est un énorme frein pour ton insertion professionnelle.

La directrice générale actuelle assure que les demandes d’homologation sont en cours de traitement. Mais après presque une décennie d’existence, l’absence de ce précieux sésame a de quoi refroidir plus d’un candidat au moment de l’inscription.

Confluence, un quartier sous haute tension

Il faut dire que l’ancrage lyonnais n’a jamais été un long fleuve tranquille. Dès le premier jour, l’installation de ce campus d’extrême droite a fait exploser la colère locale. L’école, qui a remplacé une ancienne crèche Montessori, a vécu sous une pression constante.

Les manifestations devant l’entrée étaient monnaie courante. Des tags hostiles recouvraient régulièrement la façade, obligeant la direction à embaucher des vigiles privés pour sécuriser les accès. La tension est montée d’un cran au fil des années.

  • En janvier dernier, des amoncellements de déchets ont bloqué l’entrée principale.
  • Au printemps 2024, le bâtiment a subi plusieurs attaques directes par des opposants.
  • En septembre 2024, un incendie s’est même déclaré dans un local adjacent.

Pour les militants, principalement issus de la mouvance antifasciste locale, il n’a jamais été question de laisser ce projet s’implanter tranquillement entre le Rhône et la Saône.

Un carnet d’adresses très controversé

Si le grand public retient surtout le nom de Marion Maréchal, l’ISSEP a servi de véritable plaque tournante pour les réseaux les plus radicaux. C’était le point de ralliement idéal pour tisser des liens entre les cadres du Rassemblement National et ceux du parti d’Éric Zemmour.

Les bancs de l’école ont vu défiler des figures très clivantes. Des militants anti-immigration aux personnalités ouvertement complotistes, les intervenants choisis ont souvent défrayé la chronique. La venue l’été dernier d’une militante accusée de transphobie avait d’ailleurs relancé les hostilités dans la rue.

L’école prêtait aussi ses salles à des groupuscules radicaux. Dernièrement, c’est Fabrice Leggeri, ancien patron controversé de l’agence européenne Frontex devenu député européen, qui y tenait une conférence. Un timing pour le moins gênant, puisqu’en ce mois de mars 2026, l’homme s’est retrouvé visé par une enquête pour complicité de crime contre l’humanité.

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