Faut-il encore passer quatre ans sur les bancs de la fac pour réussir ? Les pontes de la tech américaine ont déjà tranché par la négative. Le célèbre fonds de capital-risque Andreessen Horowitz vient de dévoiler la Horowitz Andreessen Academy (HAA), une école privée en deux ans pensée pour concurrencer frontalement les institutions d’élite comme Stanford.
La fin programmée des amphis traditionnels
Le projet est piloté par Gagan Biyani, cofondateur de la plateforme de cours en ligne Udemy. La structure a déjà levé 42 millions de dollars auprès d’investisseurs de premier plan, dont Tobi Lütke, le patron de Shopify, et Fidji Simo, ancienne dirigeante d’OpenAI. L’objectif affiché consiste à attirer les meilleurs bacheliers dès la sortie du lycée pour les propulser directement dans l’écosystème business.
Ici, tu ne trouveras aucun cours magistral descendant ni partiels théoriques interminables. L’établissement mise sur une pédagogie inspirée du tutorat d’Oxford et de la méthode Montessori. Près de 80 % du temps d’apprentissage sera dédié à la création d’entreprises concrètes, au développement de modèles d’intelligence artificielle et à la commercialisation de produits réels.
Nous pensons que cela peut devenir une institution d’élite qui attire les meilleurs talents, une institution qui prépare les étudiants à l’avenir plutôt que de rester figée dans le passé.
L’armée des géants de la tech en renfort
Pour compenser l’absence totale de diplôme officiel reconnu par l’État, l’académie sort l’artillerie lourde sur le réseau. Les étudiants auront un accès direct aux bureaux de mastodontes comme Meta, Anthropic, Google, Palantir ou OpenAI. Le directeur général de Nvidia, Jensen Huang, interviendra lui-même pour donner des conférences exclusives aux promotions.
Ces partenariats stratégiques apportent des ressources massives aux élèves sélectionnés :
- Un accès privilégié à des crédits de calcul informatique indispensables pour bâtir des modèles d’intelligence artificielle avancés.
- Des sessions de mentorat intensives menées par des fondateurs de licornes et des cadres dirigeants de la Silicon Valley.
- Une passerelle de recrutement prioritaire permettant aux firmes partenaires de capter les talents avant tout le monde.
Le culte du décrochage scolaire réinventé
Cette initiative s’inscrit dans une vieille obsession californienne. Les parcours de Steve Jobs, Bill Gates ou Mark Zuckerberg, tous fondateurs à succès sans diplôme universitaire en poche, servent depuis longtemps d’étendard aux détracteurs des cursus classiques. L’idée générale reste inchangée : créer une entreprise rentable ne s’apprend pas dans un amphithéâtre.
Le phénomène dépasse largement une simple querelle pédagogique. En 2011 déjà, le milliardaire libertarien Peter Thiel lançait la Thiel Fellowship, un programme offrant jusqu’à 250 000 dollars aux jeunes acceptant de fuir les campus pour créer leur boîte. De son côté, la Founders School à New York propose désormais un cursus secondaire à 150 000 dollars l’année promettant de rembourser les frais si l’élève n’engrange pas un million de dollars de marge.
Un business model aussi cher que les universités d’élite
Les candidatures ouvriront pour une promotion pilote gratuite d’une cinquantaine d’élèves en septembre 2027. Cette première phase expérimentale testera le modèle avant le lancement du cursus payant complet prévu dès 2028. Malgré la critique récurrente du coût exorbitant des études classiques, l’école ne proposera pas de formation discount.
Gagan Biyani l’a confirmé sans détour : le prix de cette formation de deux ans s’alignera sur celui des universités d’élite. À titre de comparaison, les frais de scolarité annuels de l’université Stanford dépassent les 67 000 dollars, sans compter le logement ni les repas. Les critiques pointent déjà une privatisation idéologique de l’enseignement supérieur, où le corps professoral cède sa place à des logiciels propriétaires et des algorithmes d’évaluation en continu.
En remplaçant les professeurs par des coachs d’affaires et des serveurs de données, le capital-risque américain ne cherche plus à réformer l’université : il construit un système parallèle taillé pour transformer chaque étudiant en machine de rentabilité immédiate.







