Le premier métier du soin : qui sont les infirmiers en France ?
Avec plus de 740 000 praticiens recensés par la DREES, les infirmiers et infirmières constituent le premier contingent de soignants dans l’Hexagone. Face au vieillissement de la population, à la hausse des maladies chroniques et aux déserts médicaux, le secteur fait face à une demande record de nouveaux talents.
Au-delà de la technique, l’infirmier est l’interlocuteur direct du patient et de ses proches. Il observe, rassure, diagnostique et coordonne l’ensemble de la prise en charge médicale, de jour comme de nuit.
« On ne soigne pas seulement une pathologie ou une plaie, on prend soin d’une personne dans sa globalité humaine, sociale et émotionnelle. »
La profession repose sur un équilibre unique entre autonomie (le rôle propre infirmier) et travail en équipe pluridisciplinaire aux côtés des médecins, aides-soignants, kinésithérapeutes et pharmaciens.
Les repères essentiels
| Dimension | Ce qu’il faut retenir |
|---|---|
| Effectif national | Environ 740 000 professionnels en activité en France. |
| Niveau d’études | Bac+3 (grade de licence, 180 crédits ECTS) reconnu dans toute l’Union européenne. |
| Diplôme requis | Diplôme d’État d’Infirmier (DEI), obligatoire pour exercer. |
| Établissements | Près de 330 Instituts de Formation en Soins Infirmiers (IFSI) répartis sur tout le territoire. |
| Pression Parcoursup | 3e formation la plus demandée en France (+650 000 vœux pour environ 38 000 places). |
| Volume de formation | 4 200 heures réparties à 50/50 entre théorie (2 100 h) et stages cliniques (2 100 h). |
| Salaire débutant | À partir de 1 890 € à 2 400 € brut par mois selon statut (public/privé), hors primes de nuit et de week-end. |
| Modes d’exercice | 64,8 % en hôpital/clinique, 17,7 % en libéral, 17,5 % en structures extra-hospitalières. |
| Code ROME | J1506 (Soins infirmiers généralistes). |
Les missions au quotidien : soigner, écouter, coordonner
Le rôle de l’infirmier s’articule autour de deux champs d’action complémentaires fixés par le Code de la santé publique :
Les soins sur prescription médicale
Sur ordre du médecin, l’infirmier administre les traitements lourds (intraveineuses, chimiothérapies, antalgiques), réalise les prises de sang, pose les perfusions, surveille les constantes vitales (pouls, tension, saturation en oxygène) et prépare les patients pour le bloc opératoire.
Le rôle propre et l’autonomie clinique
L’infirmier dispose d’un pouvoir d’initiative direct. Il évalue la douleur, prend en charge les plaies simples, réalise des bilans de santé, vaccine, conçoit le plan de soins personnalisé et prescrit certains dispositifs médicaux (pansements, béquilles, matériel de perfusion) ainsi que des examens complémentaires.
L’éducation thérapeutique et le soutien moral
L’infirmier guide les patients vers l’autonomie face à leur maladie (diabète, asthme, rééducation cardiaque). Il représente un pilier psychologique majeur dans les moments d’angoisse ou de deuil pour les familles.
Où s’exerce le métier ?
La diversité des environnements permet de construire une carrière sur mesure selon ses aspirations :
- En milieu hospitalier (64,8 %) : hôpitaux publics et cliniques privées, urgences, SMUR, réanimation, cancérologie, pédiatrie, maternité, chirurgie ou psychiatrie.
- En exercice libéral (17,7 %) : après 2 années d’expérience obligatoire en structure hospitalière, l’infirmier libéral (IDEL) assure les soins à domicile et en cabinet auprès d’une patientèle fidèle.
- En secteur médico-social et collectivités (17,5 %) : EHPAD, foyers d’accueil médicalisés, services de soins infirmiers à domicile (SSIAD) ou hospitalisation à domicile (HAD).
- En santé scolaire et d’entreprise : collèges, lycées, universités, médecine du travail, armée, centres pénitentiaires ou missions humanitaires d’urgence avec des ONG.
Une journée type en immersion hospitalière
Dans un service de chirurgie ou de médecine, le quotidien d’un infirmier est rythmé par les impératifs cliniques :
| Horaire | Action sur le terrain |
|---|---|
| 06 h 45 | Relève et transmissions orales avec l’équipe de nuit pour analyser l’évolution des patients hospitalisés. |
| 07 h 15 | Premier tour de soins : prise des constantes vitales, distribution des traitements matinaux, glycémies capillaires et pose de perfusions. |
| 09 h 30 | Réalisation des pansements complexes, ablation de fils/drains et soins d’hygiène en binôme avec l’aide-soignant. |
| 11 h 15 | Visite médicale avec le chirurgien ou le médecin chef, adaptation des prescriptions et préparation des sorties du jour. |
| 12 h 30 | Accueil des nouvelles admissions, bilans sanguins d’urgence et planification des examens radiologiques. |
| 13 h 45 | Traçabilité informatique des actes réalisés dans le dossier patient et transmissions complètes à l’équipe d’après-midi. |
Études et admission : le parcours complet en IFSI
Le Diplôme d’État d’Infirmier (DEI) se prépare en 3 ans dans l’un des 330 IFSI de France. La formation est gratuite dans la quasi-totalité des instituts publics rattachés aux centres hospitaliers.
La répartition du cursus
La formation représente un total de 4 200 heures (35 heures par semaine) :
- 2 100 heures d’enseignements théoriques : cours magistraux, travaux dirigés et études de cas réparties en 6 unités d’enseignement majeures (sciences biologiques et médicales, sciences humaines, pharmacologie, techniques infirmières, éthique et législation).
- 2 100 heures de stages cliniques : immersion pratique dans 4 typologies de soins (soins de courte durée, soins en santé mentale, soins de longue durée et soins individuels ou collectifs sur les lieux de vie).
- Le service sanitaire : mission obligatoire de prévention et d’éducation à la santé menée auprès d’écoles ou d’entreprises.
Le découpage précis des 6 stages
La formation clinique s’organise autour d’un stage par semestre :
- Semestre 1 : un stage découverte de 5 semaines.
- Semestres 2, 3, 4 et 5 : quatre stages intensifs de 10 semaines chacun.
- Semestre 6 : un stage final de 15 semaines (généralement scindé en deux périodes) pour préparer l’entrée dans la vie active.
Comment intégrer un IFSI ?
Deux voies d’admission principales coexistent :
- Via Parcoursup : sélection sur dossier pour les bacheliers. Les profils généraux avec spécialités scientifiques (SVT, Physique-Chimie, Maths) ou technologiques (ST2S, STL) sont particulièrement appréciés.
- La reconversion professionnelle (FPC) : ouverte dès 17 ans, sans condition de diplôme, aux candidats justifiant de 3 ans de cotisations professionnelles. L’admission se fait hors Parcoursup via des épreuves spécifiques (français, mathématiques sanitaires et entretien de motivation).
- Passerelles santé : les aides-soignants et auxiliaires de puériculture justifiant de 3 ans d’exercice bénéficient d’une voie d’accès réservée. Certains IFSI permettent également une entrée directe en 2e année après une PASS ou une L.AS validée.
Les attendus Parcoursup
Pour faire la différence sur la plateforme, le dossier doit prouver :
- Un intérêt sincère pour les questions humaines, sociales et sanitaires.
- Des capacités relationnelles, le sens de l’écoute et l’aptitude au travail d’équipe.
- Une rigueur scientifique et une bonne maîtrise du calcul arithmétique de base (calculs de doses et de débits).
- Une résistance au stress, de l’organisation et une maturité émotionnelle.
Rémunération et perspectives de salaire
Le salaire d’un infirmier débutant dans la fonction publique hospitalière commence à environ 1 890 € brut mensuel (grille indiciaire de base), et dépasse fréquemment 2 100 € à 2 400 € brut dès la première année grâce aux revalorisations du Ségur de la santé et au travail en horaires décalés.
À cette base s’ajoutent des indemnités significatives : primes de travail de nuit, majorations pour les dimanches et jours fériés, primes de service et suppléments familiaux.
En libéral, le chiffre d’affaires moyen est plus élevé mais dépend du volume d’heures effectuées, après déduction d’environ 45 à 50 % de charges professionnelles (URSSAF, CARPIMKO, carburant, matériel).
Évolutions de carrière et spécialisations d’élite
Après l’obtention du DEI et quelques années de pratique, de multiples voies d’expertise s’offrent aux infirmiers :
- Infirmier Anesthésiste (IADE – ROME J1503) : formation bac+5 (grade master) pour gérer l’anesthésie et la réanimation au bloc opératoire et au SMUR.
- Infirmier de Bloc Opératoire (IBODE – ROME J1504) : expert des techniques chirurgicales, de l’assistance peropératoire et de l’asepsie de haute sécurité.
- Puériculteur / Puéricultrice (DEP – ROME J1507) : spécialisation d’un an dédiée aux soins des nouveau-nés, prématurés et enfants en maternité, pédiatrie ou PMI.
- Infirmier en Pratique Avancée (IPA – ROME J1508) : diplôme universitaire de niveau master (bac+5) créé pour renouveler des prescriptions, adapter des traitements complexes et assurer le suivi de pathologies chroniques stabilisées en lien avec le médecin.
- Cadre de santé : formation en institut managérial (IFCS) pour encadrer des pôles de soins ou devenir formateur en IFSI/IFAS.
Pourquoi choisir d’enfiler la blouse ?
- Parce que le taux d’embauche est de 100 % dès la sortie d’études, partout en France.
- Parce que la profession offre une liberté totale de parcours entre hôpital, clinique, libéral, humanitaire et entreprise.
- Parce que tu seras au cœur d’une pratique scientifique qui allie réactivité vitale et compétences manuelles.
- Parce que chaque garde apporte son lot de rencontres marquantes et le sentiment incomparable d’avoir été indispensable.







