Une étude française valide l’adage des cavaliers
On a tous entendu cette phrase au moins une fois en posant le pied dans un manège : « Détends-toi, sinon il va le sentir ». Pendant longtemps, on pensait que les chevaux décryptaient surtout notre langage corporel, nos micro-mouvements ou la tension dans les rênes. Mais la science vient de passer un cap.
Une étude très sérieuse, publiée mi-janvier 2026 dans la revue PLOS Biology, vient de confirmer ce que les moniteurs d’équitation répètent depuis des décennies. Oui, votre monture capte votre stress, et elle le fait grâce à son nez.
Cette découverte est signée par une équipe de l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) basée à Tours, en collaboration avec l’Institut français du cheval et de l’équitation (IFCE). Léa Lansade, l’éthologue qui a dirigé ces travaux, est formelle : il s’agit bien d’une communication chimique.
L’expérience insolite : films d’horreur et odeurs sous les bras
Pour en arriver à cette conclusion, les chercheurs n’ont pas fait les choses à moitié. La méthodologie, bien que rigoureuse, prête presque à sourire.
L’équipe a recruté une trentaine de volontaires humains. Leur mission ? Regarder des films. Mais pas n’importe lesquels. Pour générer des émotions pures, certains ont visionné des extraits de films d’horreur pour provoquer la peur, tandis que d’autres regardaient des comédies pour susciter la joie.
Pendant ces séances de cinéma, les participants portaient des tampons sous les aisselles. L’objectif était de récolter la « sueur émotionnelle », chargée de molécules chimiques spécifiques (comme l’adrénaline ou l’androstadiénone).
Une fois ces échantillons d’odeurs collectés, direction l’écurie. Les chercheurs ont présenté ces tampons à 43 juments de race Welsh. Les chevaux ne voyaient pas les humains « stressés », ils ne faisaient que sentir l’échantillon via une muselière spécialement équipée.
Quand votre stress devient le sien
Les résultats sont sans appel. Lorsque les juments reniflaient les échantillons de « sueur de peur », leur comportement changeait radicalement. Même sans voir l’humain effrayé, le cheval basculait instantanément dans un état de vigilance accrue.
L’étude note plusieurs réactions physiques mesurables :
- Le rythme cardiaque du cheval augmente.
- Il devient plus nerveux et sursaute plus facilement (par exemple, lors de l’ouverture soudaine d’un parapluie).
- Il cherche moins le contact tactile avec l’humain présent.
- Il fixe davantage les objets inconnus ou « inquiétants » dans son environnement.
À l’inverse, face à l’odeur de la « joie », les chevaux se montraient beaucoup plus sereins et enclins à interagir avec l’homme. C’est la preuve d’une véritable contagion émotionnelle.
L’odeur de peur chez l’humain met les chevaux dans un état d’alerte. Il y a vraiment une contagion émotionnelle.
Un mécanisme de survie hérité de l’évolution ?
Pourquoi le cheval a-t-il développé ce « super-pouvoir » ? Pour Léa Lansade, l’explication pourrait se trouver dans l’évolution. Le cheval est une proie. Dans la nature, savoir qu’un membre du groupe (ou d’une autre espèce proche) a peur est une information vitale : cela signifie qu’un danger rôde.
Si votre cheval sent que vous avez peur, il ne vous juge pas. Il se dit simplement : « Si cet humain panique, c’est qu’il y a un prédateur ou une menace, donc je dois être prêt à fuir ».
Ce phénomène de détection des émotions par l’odeur avait déjà été prouvé chez les chiens, qui sont des experts en la matière. En revanche, des tests similaires menés sur des moutons n’ont pas donné les mêmes résultats, suggérant que cette sensibilité n’est pas partagée par tous les herbivores.
Ce que ça change pour vos interactions
Cette confirmation scientifique change la donne pour les cavaliers et les passionnés. Elle prouve qu’il est inutile de mentir à votre animal. Vous pouvez masquer votre voix ou contrôler vos gestes, mais vous ne pouvez pas contrôler votre chimie corporelle.
Si vous avez peur à cheval, votre partenaire le saura avant même que vous ne montiez en selle. La meilleure stratégie reste donc l’honnêteté émotionnelle et le travail sur soi, plutôt que d’essayer de « bluffer » une bête de 500 kilos dotée d’un détecteur de mensonges naturel.








