Le chasseur de Nessie, Adrian Shine, avoue que tout est faux

C’est la fin d’une époque pour les passionnés de mystères et les fans de cryptozoologie. Après avoir passé plus d’un demi-siècle à scruter les eaux sombres de l’Écosse, Adrian Shine, la figure la plus respectée de la chasse au monstre du Loch Ness, vient de rendre son verdict. Pour lui, la créature n’existe tout simplement pas. Ce n’est pas une décision prise à la légère, mais la conclusion scientifique d’une vie dédiée à une légende qui s’effondre sous le poids des preuves… ou plutôt de leur absence. Retour sur un mythe qui prend l’eau.
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Le vétéran jette l’éponge après un demi-siècle

Si vous avez déjà regardé un documentaire sur le Loch Ness ces trente dernières années, vous avez forcément vu Adrian Shine. Avec sa barbe blanche et son sérieux inébranlable, ce chercheur de 76 ans incarne la caution scientifique de la traque. Mais aujourd’hui, le leader du Loch Ness Project brise le silence et le cœur des croyants.

Shine admet être devenu sceptique. Ce n’est pas un rejet brutal, mais une érosion lente de ses certitudes, débutée par une expérience personnelle humiliante. Il raconte avoir un jour aperçu ce qu’il pensait être une bosse de serpent de mer fendant les eaux. Après vérification, il s’agissait d’un rocher stationnaire. L’illusion était parfaite, et elle lui a ouvert les yeux : le cerveau humain est programmé pour voir des monstres là où il n’y a que de la banalité.

J’ai passé un temps fou à m’amuser, et toute nouvelle preuve serait merveilleuse. Mais les observations sont causées par le sillage des navires.

Malgré des balayages sonar massifs en 1987 et des forages en 1994, rien n’a jamais émergé. Shine confie ne pas regretter ces décennies d’enquête, mais il est formel : il faut se rendre à l’évidence.

L’explication scientifique : bateaux, oiseaux et illusions

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Si Nessie n’est pas un plésiosaure survivant, qu’est-ce que les gens voient depuis les années 1930 ? Adrian Shine a une explication rationnelle qui tient en deux mots : Canal Calédonien.

Ce canal traverse le lac et génère un trafic maritime constant. Selon Shine, les vagues créées par les bateaux (les sillages) voyagent sur de longues distances. Lorsqu’elles atteignent certaines zones du loch, elles interagissent et forment des structures multi-bossues très particulières. Vues de loin, sous un certain angle, ces vagues ressemblent à s’y méprendre au dos d’une créature géante qui ondule à la surface.

Pour ce qui est du fameux « long cou » souvent décrit par les témoins, l’expert pointe du doigt des oiseaux aquatiques posés sur une eau calme. Avec la distorsion atmosphérique et l’envie de croire, un canard peut devenir un dinosaure. De plus, Shine souligne des contraintes biologiques fatales : les eaux du Loch Ness sont trop froides et la population de poissons bien trop limitée pour nourrir un prédateur de la taille de Nessie.

Une « capsule temporelle » repêchée par 180 mètres de fond

Comme pour planter le dernier clou dans le cercueil de la légende, une découverte récente vient confirmer que la technologie n’a jamais réussi à piéger la bête. En 1970, le professeur Roy Mackal de l’Université de Chicago avait immergé des pièges photographiques innovants pour l’époque, équipés de flashs et déclenchés par des lignes d’appât.

Ces appareils ont été perdus, oubliés dans les abysses tourbeux du lac. C’était sans compter sur le hasard. Récemment, lors d’une mission du Centre national d’océanographie du Royaume-Uni, le sous-marin autonome au nom improbable de Boaty McBoatface a percuté un objet par 180 mètres de fond. C’était l’un de ces appareils photo, intact après 55 ans sous l’eau.

Adrian Shine, qui avait participé à leur installation à l’époque, a pu examiner cette capsule temporelle. Le boîtier étanche a fait son travail et les pellicules étaient exploitables. Le résultat ? Aucune photo de monstre. Juste un témoignage émouvant de l’ingéniosité humaine déployée pour chasser un fantôme.

La psychologie derrière les monstres marins

Dans son dernier ouvrage, A Natural History of Sea Serpents (2024), Shine va plus loin et analyse pourquoi nous tenons tant à ces mythes. Il compare l’affaire Nessie à d’autres légendes historiques :

  • Le serpent de Gloucester (1817) : Des témoins décrivent une tête et un cou étranges. Pour Shine, il s’agissait probablement d’une tortue luth nageant en surface, dont le sillage créait l’illusion de la longueur.
  • Le serpent du Daedalus (1848) : Une créature reptilienne vue par la Royal Navy. L’explication ? Un tronc d’arbre flottant ou un rorqual, dont la vitesse a été mal estimée par l’équipage en mouvement.

Le constat est sans appel : nos mondes inconnus rétrécissent à mesure que notre connaissance grandit. Adrian Shine reste ouvert à la découverte de nouvelles espèces dans les grands fonds océaniques, mais pour le Loch Ness, la messe est dite. Nessie est une magnifique illusion collective, née de notre besoin de merveilleux et sculptée par les vagues des bateaux.

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