Du garage familial aux portes du MIT
L’histoire de Sabrina ressemble à un scénario hollywoodien, mais tout est bien réel. Tout commence dans la banlieue de Chicago. Alors que la plupart des ados de 12 ans se cherchent des hobbies, Sabrina, elle, a une obsession : voler. Mais pas seulement en tant que passagère. Elle veut comprendre la machine.
Pendant deux ans, elle passe ses soirées et ses week-ends dans le garage de son père. Son projet ? Construire de A à Z un Zénith Zodiac, un avion monomoteur, en utilisant notamment des pièces d’un vieux Cessna. Le plus fou n’est pas seulement la construction, mais l’aboutissement : à 16 ans, elle pilote sa propre création pour un vol solo au-dessus du lac Michigan. Elle devient alors la plus jeune personne au monde à avoir construit et piloté son propre aéronef.
Pourtant, le talent ne suffit pas toujours à ouvrir toutes les portes du premier coup. Lorsqu’elle postule au prestigieux MIT (Massachusetts Institute of Technology), elle se retrouve d’abord sur liste d’attente. C’est une vidéo de la construction de son avion qui changera la donne. Peggy Udden, une administratrice du MIT, visionne la cassette et reste bouche bée. Les professeurs de physique, initialement sceptiques, sont subjugués par le potentiel technique et la ténacité de la jeune fille. Elle est admise, et quelques années plus tard, elle en sortira diplômée avec la note maximale absolue (5.0 GPA), une première en plusieurs décennies.
Le Graal de la physique : la gravité quantique
Si Sabrina Pasterski fascine autant, c’est parce qu’elle s’attaque aux problèmes les plus complexes de l’univers. Après le MIT, direction Harvard pour un doctorat au Centre des lois fondamentales de la nature. Son terrain de jeu ? La trame même de notre réalité.
Ses recherches se concentrent sur la gravité quantique. Pour faire simple, la physique moderne repose sur deux piliers qui ne s’aiment pas beaucoup : la relativité générale (qui explique l’infiniment grand, comme les planètes et la gravité) et la mécanique quantique (qui explique l’infiniment petit, les atomes). Le but ultime des physiciens est d’unifier ces deux théories pour comprendre, par exemple, ce qui se passe à l’intérieur d’un trou noir.
Sabrina tente de trouver « l’élégance dans le chaos ». Ses travaux sur les trous noirs et l’espace-temps sont si prometteurs qu’en 2016, elle est citée dans un article scientifique par le légendaire Stephen Hawking lui-même, en collaboration avec Andrew Strominger. Être citée par Hawking quand on est encore étudiante, c’est un peu comme si Mozart validait votre première symphonie.
L’anti-star de la Silicon Valley

Ce qui détonne chez Sabrina, c’est son décalage total avec les standards de sa génération. Alors qu’elle figure dans le classement « 30 under 30 » de Forbes, elle cultive une discrétion radicale :
- Pas de réseaux sociaux : Inutile de la chercher sur Facebook, Twitter, LinkedIn ou Instagram.
- Pas de smartphone : Elle communique peu, préférant la concentration à la connexion permanente.
- Un site web rétro : Sa seule vitrine est son site personnel, PhysicsGirl, au design minimaliste qui liste ses accomplissements sans fioritures.
Son hygiène de vie est tout aussi ascétique : jamais une goutte d’alcool, pas de cigarette, et pour seul « vice », une passion dévorante pour le chocolat et la moto. Sa philosophie tient en une phrase qu’elle répète souvent :
« Quand vous êtes fatigué, vous dormez, et quand vous ne l’êtes pas, vous faites de la physique. »
Jeff Bezos et la NASA sur les rangs
Forcément, un tel cerveau attire les convoitises. Jeff Bezos, fondateur d’Amazon et de la société aérospatiale Blue Origin, a publiquement déclaré qu’il avait une place pour elle n’importe quand. La NASA a également manifesté son intérêt pour recruter la jeune physicienne.
Mais pour l’instant, Sabrina Pasterski semble résister aux sirènes des gros salaires de la tech. Son objectif reste la recherche fondamentale. Elle veut comprendre comment fonctionne l’univers, pas nécessairement comment livrer des colis plus vite ou optimiser des algorithmes publicitaires. Une modestie qui force le respect, résumée par sa propre analyse de la situation : « Je ne suis qu’une thésarde, et il y en a beaucoup comme moi. » Peut-être, mais très peu ont construit un avion avant d’avoir leur bac.








