Le jackpot du loto comme capital de départ
C’est une histoire qui commence comme un conte de fées pour finir en dossier criminel tentaculaire. En 2010, John Spiby, alors âgé de 65 ans, voit sa vie basculer en remportant plus de 2,5 millions de livres sterling à la loterie nationale britannique. Pour n’importe qui, c’était l’assurance d’une fin de vie paisible entre Wigan et Manchester. Mais pour Spiby, ce gain n’était pas une ligne d’arrivée, c’était un fonds d’investissement pour un business beaucoup plus sombre.
Plutôt que de se contenter de voyages ou de placements sûrs, l’octogénaire a utilisé sa fortune pour acheter des machines industrielles de haute technologie. Son objectif ? Transformer son paisible cottage d’Astley en une usine de production massive de diazépam contrefait, un anxiolytique extrêmement prisé sur le marché noir.
Une usine de pointe dissimulée dans les écuries
Le génie (maléfique) de John Spiby résidait dans sa discrétion. Derrière les portes de ses anciennes écuries, à quelques mètres seulement de sa maison en briques rouges, il avait installé un laboratoire capable de produire des dizaines de milliers de comprimés par heure. Ses voisins ne voyaient rien, si ce n’est l’apparition occasionnelle d’une Lamborghini rouge dans l’allée, seul signe extérieur d’une richesse devenue indécente.
Selon les enquêtes de la Greater Manchester Police, l’organisation ne s’arrêtait pas là. Avec l’aide de son fils, John Spiby Jr, et de complices comme Lee Drury et Callum Dorian, le réseau s’était étendu jusqu’à Salford. Le groupe aurait investi plus de 200 000 livres dans des matières premières et du matériel professionnel pour inonder le pays de pilules vendues environ 65 centimes l’unité. Un business de volume qui aurait pu rapporter entre 57 et 288 millions de livres sterling.
« Elon Musk et Jeff Bezos n’ont qu’à bien se tenir »
L’enquête a véritablement décollé lorsque les autorités ont réussi à craquer EncroChat, une application de messagerie cryptée surnommée le « WhatsApp des criminels ». À l’intérieur, les policiers découvrent un John Spiby gonflé d’orgueil. Dans une conversation interceptée, l’octogénaire se vantait de sa réussite fulgurante, lançant avec arrogance que les milliardaires de la tech, Elon Musk et Jeff Bezos, feraient mieux de surveiller leurs arrières.
Mais la réalité a fini par rattraper la fiction. Lors des perquisitions, les agents n’ont pas seulement trouvé des millions de cachets. Ils ont mis la main sur un véritable arsenal : des armes de poing, des munitions et même des pistolets-mitrailleurs comme des Uzi ou des AK-47. Ce n’était plus seulement un trafic de médicaments, mais une organisation criminelle lourde prête à tout pour protéger ses intérêts.
La fin de partie pour le « papy dealer »
Le verdict est tombé récemment au tribunal de Bolton et il est sans appel. Malgré ses dénégations, John Spiby a été reconnu coupable de production et fourniture de drogues de classe C, ainsi que de possession d’armes à feu. Le juge Nicholas Clarke KC a été particulièrement cinglant lors de la sentence, rappelant que malgré sa chance insolente au loto, l’homme avait choisi de rester ancré dans le crime bien après l’âge de la retraite.
À 80 ans, Spiby a écopé de 16 ans et demi de prison. Son fils et ses associés ont également été lourdement condamnés, avec des peines allant de 9 à 18 ans derrière les barreaux. Pour les autorités, ce démantèlement met fin à un réseau qui jouait à la « roulette russe » avec la vie des toxicomanes en vendant des produits non contrôlés et potentiellement mortels.
« C’est un trafic d’une ampleur terrifiante », a conclu le magistrat avant que le millionnaire ne soit emmené vers sa cellule.








