La fin d’une « exception » généralisée
Depuis 2019, les universités françaises avaient la possibilité de moduler les droits d’inscription pour les étudiants venus de pays hors Union européenne. Pourtant, dans les faits, cette mesure restait très peu appliquée : seuls 10 % de ces étudiants s’acquittaient réellement des « droits différenciés » jusqu’à présent.
Le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, souhaite changer radicalement la donne avec son nouveau plan, « Choose France For Higher Education ». Son message est clair : la règle devient le paiement de ces droits majorés, et l’exonération ne sera plus qu’une exception réservée à des cas très précis.
La règle, ce sont les droits différenciés, et l’exception, c’est l’exonération.
Combien devront payer les étudiants concernés ?
Pour la majorité des étudiants extracommunautaires, la note sera beaucoup plus salée dès la rentrée 2026. Le décret à venir imposera les tarifs suivants :
- Licence : 2 895 euros par an (contre 178 euros aujourd’hui).
- Master : 3 941 euros par an (contre 254 euros aujourd’hui).
Philippe Baptiste justifie ce choix en rappelant que ces montants représentent environ 30 % du coût réel de la formation. Selon lui, la France reste « extrêmement compétitive » par rapport aux tarifs pratiqués aux États-Unis ou au Royaume-Uni, où les frais peuvent atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros.
Quelles seront les exceptions ?
Tout n’est pas totalement figé. Le gouvernement a prévu des garde-fous pour ne pas fermer totalement la porte :
- Bourses d’excellence : Les meilleurs profils pourront bénéficier d’aides financières du gouvernement.
- Quotats d’exonération : Chaque université conserve la possibilité d’exonérer jusqu’à 10 % de ses étudiants extracommunautaires, notamment pour les accords de coopération avec des universités étrangères.
- Stabilité : La mesure ne sera pas rétroactive et ne concernera pas les étudiants déjà engagés dans un cycle d’études.
Un plan pour « réindustrialiser » la France
Pourquoi ce tour de vis maintenant ? Le gouvernement mise sur une stratégie de ciblage. Pour soutenir la réindustrialisation du pays, la France estime avoir un besoin urgent de 40 000 ingénieurs et 40 000 techniciens par an. Le plan prévoit donc que 60 % des bourses gouvernementales soient désormais réservées aux filières stratégiques : IA, numérique, quantique et biotechnologies.
Le dispositif est également une source de revenus attendue pour les établissements : d’ici deux à trois ans, cette politique pourrait rapporter environ 250 millions d’euros par an aux universités, de quoi, selon le ministre, améliorer l’accueil des nouveaux arrivants.
La colère des syndicats étudiants
Sans surprise, ces annonces ont déclenché une vague de contestation. Les organisations étudiantes, comme la FAGE, l’Unef et l’Union étudiante, dénoncent une politique « dangereuse » et « discriminante ».
Mettre fin aux procédures d’exonération, c’est condamner des milliers d’étudiants étrangers à la misère.
Pour ces syndicats, ce plan est perçu comme une attaque contre l’universalité de l’accès à l’université publique. Ils pointent également le risque de mettre des barrières majeures à certains pays et appellent déjà à une mobilisation générale sur le territoire dans les prochaines semaines pour contester ces mesures.
















