Leur avocat, Me Thibault Laforcade, ne mâche pas ses mots. Il dénonce un « modèle économique qui repose sur l’exploitation d’une main-d’œuvre très précaire, en grande partie immigrée, dans des conditions de travail indignes, pour des revenus de survie ». Une démarche qualifiée d’« inédite » en France qui pointe du doigt ce que beaucoup qualifient déjà d’esclavage moderne.
Des chiffres qui donnent le vertige
Derrière les cliquetis des applications et la rapidité des livraisons se cache une réalité brutale. Selon une enquête menée en 2025 par Médecins du Monde et plusieurs centres de recherche, la situation est alarmante pour les dizaines de milliers de coursiers français :
- 63 heures : c’est la durée de travail hebdomadaire moyenne d’un livreur.
- 1 480 euros : le revenu brut mensuel moyen, souvent bien en dessous du SMIC horaire une fois les charges déduites.
- 98 % : la part des livreurs nés à l’étranger, dont 64 % sont sans titre de séjour.
« À partir du moment où le système économique est allé jusqu’à piocher dans une main-d’œuvre qui n’a pas d’autre choix que d’accepter des conditions que tout autre être humain ne pourrait pas accepter, seule la justice peut y mettre un terme. » – Me Thibault Laforcade, avocat des associations.
« Discrimination algorithmique » et impunité
Au-delà de la précarité financière, les associations dénoncent ce qu’elles appellent une « discrimination algorithmique ». Le système automatique qui attribue les courses ou fixe les tarifs est jugé opaque et injuste, contraignant les travailleurs à enchaîner les trajets au risque de voir leur compte bloqué, et donc de perdre leur seul revenu.
Face à ces accusations, les plateformes ne comptent pas se laisser faire. Uber Eats a qualifié la plainte de « sans fondement », tandis que Deliveroo « conteste vigoureusement » toute assimilation de son activité à de la traite d’êtres humains. Mais le vent tourne peut-être : en plus du volet pénal, une action de groupe pour discrimination est en préparation contre Uber Eats.
Si aucune mesure concrète n’est prise par les plateformes dans les trente prochains jours, le dossier passera devant le tribunal judiciaire de Paris. L’objectif des plaignants ? Obtenir des indemnités pour les travailleurs et, surtout, forcer un changement législatif pour mettre fin à ce qu’ils considèrent comme une impunité totale.








