Une « offense » juridique qui durait depuis deux siècles
Vous pensiez que l’esclavage avait totalement disparu des textes de loi français en 1848 ? Juridiquement oui, mais pas textuellement. Le fameux Code noir, rédigé au XVIIe siècle sous Louis XIV, n’avait en fait jamais été formellement abrogé par un vote du Parlement. Une aberration mémorielle qui restait gravée « dans l’ombre de notre droit », comme l’a rappelé le député de la Guadeloupe Max Mathiasin.
À l’occasion des 25 ans de la loi Taubira, qui a fait de la France le premier pays à reconnaître l’esclavage comme un crime contre l’humanité, Emmanuel Macron a décidé de taper du poing sur la table lors d’une cérémonie à l’Élysée.
« Le silence, voire l’indifférence que nous maintenons depuis près de deux siècles à l’égard de ce Code noir […] est devenu une forme d’offense et une trahison de ce qu’est la République. »
Pour faire simple, on passe enfin de l’oubli à l’action concrète. Le chef de l’État a demandé à son gouvernement de soutenir à 100 % la proposition de loi portée par le groupe parlementaire Liot. Déjà voté à l’unanimité en commission des lois, le texte sera examiné dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale le 28 mai prochain avant de partir vers le Sénat.
Au-delà du symbole : le quotidien des Outre-mer au centre des débats
Si la suppression du texte est avant tout symbolique, les débats enflammés à l’Assemblée montrent bien que les blessures du passé ont des conséquences très concrètes en 2026. Pour de nombreuses associations comme l’Union des Femmes Réunionnaises (UFR), cette « étape historique » ne doit pas occulter les luttes actuelles contre le racisme et les formes modernes d’exploitation.
Ces questions mémorielles résonnent d’ailleurs fortement avec l’actualité internationale récente, qu’il s’agisse d’affaires graves impliquant une juge des Nations unies reconnue coupable d’esclavage ou de faits divers sombres où un couple a été condamné pour avoir réduit ses enfants adoptifs en esclavage. Preuve que le sujet de la dignité humaine reste brûlant.
Les députés des Outre-mer et de l’opposition ont profité des discussions pour dresser une liste de réalités quotidiennes qui fâchent :
- Inégalités structurelles : La crise d’accès à l’eau potable à Mayotte ou le scandale environnemental du chlordécone aux Antilles.
- Discriminations systémiques : La députée de la Martinique Béatrice Bellay a notamment témoigné avoir galéré pendant un an et demi pour trouver un appartement à louer à Paris, malgré son statut d’élue de la République.
- Manque de transmission : Une réévaluation urgente de la place accordée à l’histoire coloniale et de l’esclavage dans les programmes scolaires.
Pour aller plus loin, la proposition de loi prévoit d’obliger le gouvernement à rédiger un rapport complet sur le droit colonial et ses effets visibles à long terme sur la société française.
Réparations financières : la fin des fausses promesses ?
C’est le sujet brûlant que tout le monde attendait au tournant. Si le président assume la mémoire, il a posé des limites très claires sur la question hypersensible des réparations financières, poussée sur la scène internationale par des pays africains et caribéens comme le Ghana.
Fin mars, l’ONU avait adopté une résolution qualifiant la traite des Africains de « plus grave crime contre l’humanité ». La France s’était abstenue, refusant de hiérarchiser les horreurs de l’Histoire, un choix qu’Emmanuel Macron maintient fermement.
« Nous devons avoir l’honnêteté de nous dire qu’on ne pourra jamais réparer ce crime totalement. Nous aurons toujours la réparation imparfaite parce que cette histoire est intranquille. »
Pas de chèque en blanc donc, mais l’ouverture d’un « travail scientifique international » avec le Ghana pour formuler des recommandations politiques. Le président préfère insister sur la mémoire et l’éducation plutôt que sur des compensations financières directes. Il a tout de même rappelé qu’un groupe d’historiens doit lui rendre en décembre un rapport très attendu évaluant « le prix » de la liberté que la France avait imposé à Haïti lors de son indépendance.
Présente à la cérémonie, Christiane Taubira n’a pas caché son émotion face à cette avancée, tout en lançant un avertissement clair : l’abrogation de ce texte infâme ne doit pas se transformer en une simple opération de communication politique.








