Le constat est violent et chiffré. Alors que les salaires statutaires des enseignants ont progressé dans la majeure partie des pays de l’OCDE entre 2015 et 2024, l’Hexagone s’entête à jouer les prolongations dans le bas du tableau. Selon le dernier rapport « Regards sur l’éducation 2025 », la situation des professeurs de lycée public après 15 ans d’ancienneté est particulièrement critique.
Le grand écart mondial des fiches de paie
Pour mieux comprendre la fracture, l’OCDE calcule les salaires en parité de pouvoir d’achat (PPA). Cela permet d’éliminer les biais liés au coût de la vie propre à chaque pays pour comparer ce qui est vraiment comparable.
À ce petit jeu, un enseignant français avec 15 ans d’expérience perçoit en moyenne 53 100 dollars bruts par an. C’est une douche froide : non seulement c’est inférieur à la moyenne globale de l’OCDE (63 900 dollars), mais c’est aussi en deçà de la moyenne de l’Union européenne.
Classement mondial des salaires des profs de lycée (15 ans d’ancienneté)
| Pays / Zone | Salaire annuel moyen (en $ PPA) | Situation par rapport à la France |
|---|---|---|
| Luxembourg | 137 400 $ | Plus de 2,5 fois supérieur |
| Allemagne | 107 500 $ | Plus de 2 fois supérieur |
| Canada | 87 300 $ | + 34 200 $ |
| États-Unis | 76 400 $ | + 23 300 $ |
| Espagne | 70 900 $ | + 17 800 $ |
| Moyenne OCDE | 63 900 $ | + 10 800 $ |
| Moyenne Union Européenne (25) | 61 200 $ | + 8 100 $ |
| France | 53 100 $ | – |
| Croatie | 43 200 $ | – 9 900 $ |
| Grèce | 30 600 $ | – 22 500 $ |
| Slovaquie | 26 900 $ | – 26 200 $ |
La comparaison tourne rapidement au cauchemar. Lorsque l’on regarde chez nos voisins ou de l’autre côté de l’Atlantique, les écarts sont abyssaux. Pour aller plus loin, vous pouvez d’ailleurs consulter notre analyse sur le salaire d’un enseignant aux États-Unis.
La France parvient uniquement à devancer des pays comme la Croatie, la Grèce ou la Slovaquie. Si le ministère communique volontiers sur le fait que le salaire moyen d’un enseignant dans le public atteint 2 950 euros nets par mois, ce chiffre en trompe-l’œil englobe surtout les fins de carrière et masque la lenteur extrême de la progression indiciaire française. Il faut en moyenne 35 ans en France pour atteindre le sommet de la grille salariale, contre 25 ans ailleurs dans l’OCDE.
Quarante ans de gel et de déclassement social
Ce décrochage n’est pas le fruit du hasard. Il découle d’un choix politique ancré depuis 1982, l’année où le salaire des fonctionnaires a cessé d’être indexé sur l’inflation. Les gels successifs du point d’indice (qui stagne à 4,92 euros) ont fait fondre le pouvoir d’achat des profs de 15 à 25 % en vingt ans selon les rapports du Sénat et des syndicats comme l’UNSA-Éducation.
Le repère par rapport au salaire minimum est sans appel. En 1980, un professeur certifié débutait sa carrière à plus de deux SMIC. En 2025, son traitement de base n’en représentait plus que 1,08. Comment expliquer un tel retard alors que la France consacre 5,4 % de son PIB à l’éducation, soit plus que la moyenne de l’OCDE (4,9 %) ?
« L’explication est purement arithmétique : la France compte 860 000 enseignants contre 725 500 en Allemagne pour une population similaire. Le même budget global, réparti sur un nombre d’agents beaucoup plus important, produit fatalement des salaires individuels plus faibles. »
Moral en berne et fuite massive des cerveaux
Les conséquences sur le terrain sont alarmantes. L’enquête internationale TALIS révèle que seulement 4 % des enseignants français estiment que leur métier est valorisé dans la société, le taux le plus bas de toute l’OCDE. Les conditions de vie mesurées par l’INSEE et la DEPP confirment qu’un tiers seulement des professeurs gagne plus de 34 000 euros net annuel, contre la moitié des autres cadres de catégorie A de la fonction publique d’État.
Forcement, les structures craquent au moment des concours. En 2025, près de 9,4 % des postes ouverts sont restés vacants, en particulier dans les matières scientifiques (maths, physique-chimie) et les lettres. Face à cela, le gouvernement tente de modifier en profondeur les règles d’accès aux concours pour faciliter les entrées. Si vous visez la profession, découvrez les nouvelles modalités dans notre guide pratique pour savoir comment devenir enseignant dès aujourd’hui.
Parallèlement, les démissions volontaires ont explosé de plus de 600 % depuis 2008. Les mesures récentes comme le doublement des indemnités statutaires sous le gouvernement Borne ou le « Pacte enseignant » n’ont pas suffi à endiguer la crise, d’autant que le budget 2026 n’affiche aucune nouvelle revalorisation. Interrogé à ce sujet, le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray a confirmé qu’aucune enveloppe spécifique n’était prévue à court terme, renvoyant les grands arbitrages financiers à l’horizon 2027.
















