Le profil glaçant d’un père de famille « insoupçonnable »
Si vous regardez de plus près le profil du suspect Jérôme Barella, tout semblait normal. À 41 ans, il menait une existence discrète dans une petite maison à colombages de Montestruc-sur-Gers. Père de deux filles, dont l’une était une amie proche de Lyhanna, il enchaînait des missions d’intérim ou d’agent d’entretien.
Mais derrière cette façade, on découvre aujourd’hui une réalité sordide. L’homme avait notamment organisé des soirées pyjama chez lui pour les amis de ses enfants. Un père de famille, dont l’enfant fréquentait le même club d’arts martiaux que le suspect, livre un témoignage qui fait froid dans le dos.
« Ses enfants, on se dit finalement que c’étaient des appâts. Il était toujours très proche avec les enfants, même au sport. »
Pire encore, le 29 mai, le jour de la disparition de Lyhanna, le suspect participe activement aux recherches. Il ira même jusqu’à frapper aux portes de ses voisins en leur demandant s’ils avaient vu la petite fille, avant d’être interpellé par les gendarmes le lendemain.
La chronologie d’un fiasco institutionnel absolu
Ce qui va vous rendre fou dans cette histoire, c’est l’incroyable passivité de nos institutions. Avant la découverte du corps, le casier judiciaire de Jérôme Barella était totalement vierge. Pourtant, son parcours est un véritable champ de mines.
Aujourd’hui, on sait que l’homme est visé par pas moins de neuf procédures et signalements. On a retracé pour vous la faillite totale du système, étape par étape :
- 2017 : Une mère alerte les autorités sur une relation entre le suspect (alors âgé de 32 ans) et sa fille de 17 ans. L’affaire est classée car l’adolescente se disait consentante.
- 2020 : Il est licencié de son poste d’agent d’entretien au lycée Maréchal-Lannes pour un « comportement inapproprié » envers une lycéenne.
- 2022 : Une plainte pour viol sur une enfant de 7 ans est déposée à Béthune, mais finit classée sans suite en 2024, l’infraction étant jugée insuffisamment caractérisée.
- Avril 2026 : Une mère porte plainte à Saint-Brieuc pour des faits remontant à 2023. La petite fille a fini par reconnaître son agresseur en voyant la photo de Barella dans les médias.
- Août 2025 : Une mère porte plainte pour des viols présumés sur sa fille née en 2014. Neuf mois plus tard, le suspect n’avait toujours pas été entendu.
Des mères ignorées, voire menacées par les forces de l’ordre
Le traitement de ces plaintes dépasse l’entendement. Jérôme Barella harcelait même les parents de la victime présumée de 2025, les suppliant de retirer leur plainte. De son côté, la mère de cette victime a raconté son calvaire face aux autorités.
Alors qu’elle appelait la gendarmerie chaque semaine pour obtenir des nouvelles de son dossier transmis au parquet, elle a fini par se heurter à un mur sidérant.
« Si vous n’arrêtez pas de nous appeler, on vous fera une main courante pour harcèlement. »
Face à ce tollé, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a publiquement reconnu « un échec » et promis de faire la lumière sur ces appels téléphoniques, tout en qualifiant la situation de « drame qui aurait pu être évité ».
L’électrochoc au sommet de l’État
La conclusion de cette traque n’a d’ailleurs tenu qu’à un fil. Le corps de la fillette a été retrouvé caché dans un silo agricole désaffecté à Puycasquier. Une découverte rendue possible uniquement grâce à l’intuition d’un ancien collègue de Barella, qui a contacté de lui-même les gendarmes pour leur indiquer que le suspect connaissait parfaitement les caches de ce site isolé.
Ce dimanche 7 juin, près de 6 000 personnes vêtues de blanc ont marché dans les rues de Fleurance, sous un soleil écrasant, pour rendre un dernier hommage à l’enfant. Sur l’estrade, la tante de la victime a prononcé des mots bouleversants : « Lyhanna, pardon, pardon pour ce que tu as vécu ».
Aujourd’hui, l’onde de choc force le gouvernement à réagir en urgence. Le Garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a ordonné aux procureurs de la République de reprendre intégralement les plaintes touchant des enfants. Ce sont près de 70 000 dossiers qui vont devoir être rouverts et réexaminés d’ici au 14 juillet.







