Le mirage marketing de la caféine « naturelle »
Avec son packaging pop vendu à 1,49 euro la canette, la marque s’impose partout sur nos écrans : plus de 11 millions de vues pour la vidéo de lancement en seulement 24 heures. Le pitch ? Une alternative clean aux géants du secteur comme Red Bull ou Monster, avec des arômes naturels, sans taurine, sans colorants artificiels et une bonne dose de guarana.
Sauf que pour les professionnels de la santé, cet argument vert ne change strictement rien à l’impact sur votre corps. Interrogée par Science & Vie, la diététicienne-nutritionniste Stéphanie Ballot remet tout de suite les pendules à l’heure :
« Sur le plan physiologique, le corps ne fait pas la distinction entre une molécule de caféine naturelle et une molécule de caféine purifiée. »
Même son de cloche du côté de Raphaël Gruman, nutritionniste basé à Paris. Il rappelle que la guaranine présente dans la boisson est chimiquement identique à la caféine classique. Qu’elle vienne d’un laboratoire ou d’une plante amazonienne, elle conserve exactement les mêmes effets secondaires à haute dose.
Pour ne rien arranger à ce lancement, la marque doit également faire face à une grosse tempête sur les réseaux sociaux. Plusieurs internautes pointent du doigt d’étranges ressemblances visuelles avec des marques nord-américaines bien connues. Pour en savoir plus, découvrez notre enquête complète pour comprendre pourquoi Ciao Energy est accusé de contrefaçon.
Moins de sucre, mais toujours autant de stimulants
C’est le gros point fort mis en avant par l’équipe : Ciao Energy affiche seulement 4 g de sucre pour 100 ml, soit près de trois fois moins que ses concurrentes directes. Une vraie baisse qui limite l’impact métabolique immédiat et réduit les risques de carie ou de prise de poids. Mais est-ce suffisant pour en faire un allié bien-être ?
- Le vrai problème : La concentration de caféine reste bloquée à 32 mg pour 100 ml.
- Le calcul : Une seule canette de 250 ml vous envoie 80 mg de caféine dans le système.
- Le verdict : C’est l’équivalent d’un espresso serré, les bulles en plus.
Pour Pauline Pied, diététicienne-nutritionniste, la marque joue sur les mots. Les vitamines du groupe B ajoutées à la recette se trouvent déjà facilement dans la viande ou les céréales de notre alimentation quotidienne. L’absence de Nutri-Score visible sur la canette soulève également de sérieux doutes chez les observateurs de la santé publique.
Pourquoi votre grand frère et l’Anses s’inquiètent pour les ados
Au-delà de ce qu’il y a dans la canette, c’est l’immense communauté du trio de créateurs qui pose question. Avec plusieurs dizaines de millions d’abonnés, leur audience est majoritairement composée d’adolescents et de jeunes adultes souvent influençables.
Or, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) déconseille formellement l’usage de ces boissons aux mineurs. À cet âge, le système nerveux et l’organisme sont beaucoup plus sensibles aux excitants. Les risques pointés par les bilans de nutrivigilance de l’Anses sont loin d’être anodins :
« Des troubles cardiovasculaires majeurs comme des sensations d’oppression, de la tachycardie ou de l’hypertension, mais aussi des crises de panique, de l’anxiété et de graves troubles du sommeil. »
Vendre un product excitant avec un habillage « healthy » à un public jeune est jugé profondément contradictoire par les professionnels de santé. D’autant que chez les ados, ces stimulants altèrent directement le développement cérébral et gâchent les cycles de sommeil essentiels.
Le piège invisible du cocktail de la journée
Le danger ne vient pas forcément d’une canette isolée prise avant de réviser, mais plutôt de l’effet d’accumulation. Entre le café du matin, le thé fort de l’après-midi, un maté ou un pré-workout pour la salle de sport, les doses de caféine s’additionnent sans qu’on s’en rende compte.
L’Anses rappelle également deux règles d’or trop souvent zappées en soirée ou pendant l’été : il faut impérativement éviter de mélanger ces produits avec de l’alcool (ce qui pousse à surestimer ses capacités et augmente les comportements à risques) et ne jamais les consommer juste avant ou pendant un effort sportif intense, sous peine de majorer les pertes en eau et d’augmenter les risques d’accident cardiaque à la chaleur.
Pour garder de l’énergie au quotidien sans s’essouffler, les spécialistes rappellent que la meilleure formule reste gratuite : un sommeil régulier, une bonne hydratation à l’eau et une alimentation équilibrée. Le marketing ne remplacera jamais la science.







