De l’écran géant au sommet du grand banditisme
L’histoire de Mehdi Laribi ressemble à un scénario de série noire, mais la réalité frappe bien plus fort. En 2008, tu l’as peut-être aperçu au cinéma dans le film Khamsa de Karim Dridi. À l’époque, il n’était qu’un adolescent farceur incarnant un petit de quartier nommé Rachitique. C’est de ce rôle qu’il tire son surnom tristement célèbre : Tic.
Sauf qu’au lieu de percer à l’écran, ce gamin de la cité de Bassens, dans les quartiers nord de Marseille, a choisi la voie du sang. À 36 ans, il est aujourd’hui considéré par la police comme l’un des narcotrafiquants les plus dangereux et les plus puissants de l’Hexagone.
Les enquêteurs le décrivent comme un individu multimillionnaire. Il serait l’un des cinq ou six pères fondateurs de cette fameuse pieuvre criminelle marseillaise. L’organisation gère des points de deal générant des fortunes quotidiennes et n’hésite plus à imposer sa loi bien au-delà du sud de la France.
Une fin de cavale surprise sous le soleil d’Alger
Depuis plusieurs années, Tic gérait l’empire de la drogue à distance. Les autorités françaises savaient pertinemment qu’il avait trouvé refuge en Algérie. Possédant la double nationalité, il se croyait intouchable puisque le pays n’extrade jamais ses ressortissants.
Mais le vent diplomatique a fini par tourner. Au printemps, le ministre de la Justice français a fait le déplacement à Alger pour relancer une coopération judiciaire qui était au point mort. Le résultat de ce réchauffement politique ne s’est pas fait attendre.
Le 20 juillet, les autorités algériennes ont frappé un grand coup en exécutant le mandat d’arrêt international délivré par la France. Attention, détail qui a son importance : Mehdi Laribi n’a pas été placé en détention provisoire, mais sous strict contrôle judiciaire par un juge local.
Une cible prioritaire de la justice française dans la lutte contre la drogue et la criminalité organisée, a été interpellée en Algérie.
L’opération Octopus : autopsie d’un cartel tentaculaire
L’arrestation de Tic est l’aboutissement d’une traque acharnée menée par la Juridiction interrégionale spécialisée de Marseille. Ce coup de filet géant, judicieusement baptisé opération Octopus, vise à décapiter l’ensemble du réseau.
Voici ce que la justice française reproche à cette organisation hors norme :
- Importation de stupéfiants : Inondation du marché français via des filières internationales ultra-organisées.
- Blanchiment d’argent massif : Réinjection des millions d’euros de la drogue dans l’économie légale pour brouiller les radars.
- Association de malfaiteurs : Création d’un cartel calqué sur les pires modèles sud-américains, fonctionnant comme une véritable entreprise criminelle.
- Extorsions en série : Racket et intimidation de commerçants qui n’ont strictement rien à voir avec le narcotrafic.
Cette pression constante des gendarmes avait déjà fait des ravages au mois de mars dernier. L’opération avait abouti à 41 interpellations et 26 mises en examen. Plusieurs autres chefs historiques du cartel dorment d’ailleurs aujourd’hui dans des prisons de très haute sécurité.
Un stupide glaçon, un bain de sang et le clan Yoda
Tu te demandes comment la violence a pu atteindre un tel sommet à Marseille durant l’année 2023 ? L’étincelle qui a enflammé la ville est d’un ridicule glaçant.
Les rapports de police racontent que tout a basculé lors d’une banale soirée dans une boîte de nuit en Thaïlande. Un membre de la bande rivale, le clan Yoda, aurait jeté un glaçon au visage de Mehdi Laribi. Un affront public insupportable pour l’ego des caïds.
Ce geste puéril a déclenché une vendetta absolue dans les rues marseillaises. La DZ Mafia a finalement remporté cette effroyable guerre de territoire, en asseyant sa domination par la terreur pure et les exécutions ciblées.
Il faut rappeler que Tic n’a rien d’un enfant de chœur. Son lourd casier judiciaire affiche notamment une condamnation à dix ans de réclusion pour un triple assassinat commis en 2011. L’affaire avait été réglée selon la macabre technique du barbecue marseillais, qui consiste à brûler les corps des victimes dans un véhicule pour effacer toute trace d’ADN.
La pieuvre a-t-elle déjà fait peau neuve ?
Si la mise hors jeu de l’un de ses fondateurs historiques est un véritable coup de tonnerre, le cartel est loin d’avoir rendu les armes. Les spécialistes du crime organisé sont formels sur ce point : on n’assistera à aucune pénurie de drogue dans les semaines à venir.
La force de cette mafia moderne réside dans son absence de hiérarchie stricte. Il ne s’agit pas d’une pyramide classique, mais d’une nébuleuse opportuniste capable de se réinventer instantanément. Le label DZ est même devenu une marque que certains petits délinquants s’approprient pour effrayer leurs victimes.
Et la nature ayant horreur du vide, une nouvelle hydre montre déjà les dents. En janvier dernier, des vidéos d’expéditions punitives ultra-violentes ont fuité sur les réseaux sociaux. Elles étaient signées d’un acronyme inédit : DZNG.
La DZ Nouvelle Génération est déjà dans la place, prête à prendre violemment le contrôle des immenses profits laissés par la vieille garde. L’arrestation des pionniers ne marque pas la fin du film, juste le début d’une nouvelle saison encore plus imprévisible.







