Tu as probablement déjà entendu cet acronyme barbare au détour d’une étude ou d’un débat sur l’insertion professionnelle. Né au Royaume-Uni à la fin des années 1990, le terme « NEET » (pour Not in Education, Employment, or Training) désigne l’ensemble des jeunes qui se retrouvent temporairement ou durablement en marge du système éducatif et du marché du travail.
Alors que la France avait réussi à faire baisser ce chiffre jusqu’à un point bas de 11,8 % en 2022, la tendance s’est inversée. Entre précarité, perte de sens et difficultés d’insertion dans un marché du travail dégardé où le chômage atteint 8,1 %, le phénomène touche aujourd’hui près de 1,5 million de personnes dans l’Hexagone.
Une remontée progressive et une France à la traîne en Europe
Si la période du Covid-19 avait provoqué un choc temporaire sur l’emploi des jeunes, le soufflet n’est pas complètement retombé. Au deuxième trimestre 2026, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) constate une hausse de 0,3 point sur un an, et une progression trois fois plus importante par rapport à la fin de l’année 2019.
Les données clés à retenir sur la situation actuelle :
- 13,3 % des 15-29 ans sont aujourd’hui considérés comme NEET en France (Insee, T2 2026).
- Un écart avec l’UE : La moyenne de l’Union européenne s’établit à 11 %, la France fait donc moins bien que ses voisins.
- Un écart de genre : À l’échelle européenne, la proportion atteint 12 % chez les jeunes femmes contre 9,9 % chez les jeunes hommes.
- Les modèles européens : Les Pays-Bas affichent un taux record de seulement 5 %, tandis que la Roumanie ferme la marche avec 19 %.
« La part des 15-29 ans qui ne sont ni en emploi, ni en formation, ni en études suit la même pente ascendante que le taux de chômage. » — Note de synthèse de l’Insee.
Derrière la statistique, une grande diversité de profils
Contrairement aux idées reçues, la situation de NEET est le plus souvent subie. Elle englobe aussi bien des jeunes inscrits au chômage que des « invisibles » ayant cessé leurs recherches en raison de problèmes de santé, d’isolement ou de contraintes familiales. Selon les données de l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP), les profils sont extrêmement variés :
- 31 % de diplômés de l’enseignement professionnel au chômage de courte durée.
- 20 % de jeunes sans diplôme éloignés de l’emploi.
- 19 % de bacheliers en attente de reprise d’études.
- 16 % de diplômés du supérieur (bac+3 à bac+5) en recherche d’emploi.
Des profils comme Enzo, 23 ans et titulaire d’un master en commerce international qui peine à décrocher un entretien, ou Alexis, 19 ans, issu de l’apprentissage et réorienté vers l’armée faute de réponses, illustrent la complexité de ce marché.
Le défi de la qualification et de la réinsertion
Comme le souligne l’économiste Bernard Gazier, professeur à l’université Paris-1, la France se distingue par une part importante de chômage de longue durée chez ces jeunes, très liée aux faiblesses du niveau de qualification initiale. C’est une réalité bien documentée lorsqu’on analyse les 10 chiffres clés pour comprendre les inégalités de l’éducation. En Europe, le taux de NEET grimpe d’ailleurs à 12,8 % chez les peu diplômés, contre 8 % chez les diplômés du supérieur.
Une étude de suivi menée par l’Insee révèle d’ailleurs que près d’un jeune sur quatre (23 %) est passé au moins une fois par une phase de NEET au cours de ses 15 premières années de vie active, la plupart du temps de manière intermittente. L’objectif européen de ramener le taux global à 9 % d’ici 2030 s’éloigne donc pour la France, appelant à repenser les ponts entre l’école et l’entreprise.















