Un institut fantôme qui produit 560 000 mots en neuf jours
Tu l’ignores peut-être, mais les chatbots comme ChatGPT, Perplexity ou Gemini sont devenus le nouveau champ de bataille géopolitique. Entre le 6 et le 14 août, un mystérieux site web baptisé l’Institut Politique de Hanovre a publié 124 rapports, soit plus de 560 000 mots rédigés à un rythme effréné.
Problème : cet institut n’existe nulle part. Pas de siège social, zéro adresse physique, aucune équipe identifiée. Pourtant, ses publications adoptent une mise en page ultra-sérieuse pour aborder des sujets brûlants :
- Les accusations de crimes de guerre et de famine organisée à Gaza.
- Le traitement et la torture présumée des prisonniers palestiniens.
- Les frontières floues entre antisionisme et antisémitisme.
La technique secrète : du fichier llms.txt à l’empoisonnement de Common Crawl
Ce qui rend cette opération redoutable, c’est sa maîtrise totale de la Generative Engine Optimization (SGO). Dans un premier temps, le site intégrait un fichier technique de type llms.txt (fourni par la plateforme spécialisée Res) pour dicter aux robots comment lire et prioriser ses contenus. Presque tous les titres étaient formulés sous forme de questions-réponses types qu’un internaute pose à un chatbot.
Mais le véritable danger technique réside ailleurs, comme l’explique le chercheur Nick Cleveland-Stout : l’objectif est d’injecter ces textes dans des répertoires de données brutes comme Common Crawl, qui alimentent les modèles d’entraînement de base des grands LLM. Résultat ? L’IA finit par régurgiter le narratif sans même citer de source, rendant tout fact-checking impossible pour l’utilisateur.
« Le toilettage et l’empoisonnement des modèles d’IA font désormais partie de notre nouvelle réalité quotidienne. »
Le bug algorithmique de l’étude recyclée 454 fois
En analysant les entrailles de ce faux institut, les journalistes ont mis au jour un bug logique fascinant. Une unique étude datant de 2022, portant sur des commentaires antisémitifs publiés sur les pages Facebook de médias européens, a été citée pas moins de 454 fois à travers 88 rapports.
Le plus absurde ? Cette étude a été recollée de force sur des sujets sans aucun rapport direct, comme le cadastre dans les territoires occupés, le blocus de Gaza ou le nombre de victimes. Une astuce algorithmique grossière pour boucler systématiquement chaque article sur la menace de l’antisémitisme.
Le rôle clé de la galaxie Havas et le tour de passe-passe financier
Derrière cette machinerie se cachent des flux financiers colossaux. L’État israélien, à travers son agence publicitaire officielle LaPam, a injecté des dizaines de millions de dollars dans des campagnes de communication (« Hasbara »). Et c’est là qu’intervient un acteur français de premier plan : le groupe Havas, filiale de la galaxie Bolloré.
Havas Media a servi de pivot financier en versant des millions de dollars à des agences américaines (comme 15 millions à Clock Tower X). Pour éviter d’attirer l’attention, un tour de passe-passe juridique a été opéré le 31 octobre 2025 : Havas USA a basculé l’ensemble des contrats vers sa filiale allemande, s’affranchissant ainsi des obligations strictes de transparence de la loi américaine sur les agents étrangers.
Malgré ces investissements pharaoniques et le piratage technique des algorithmes, les derniers sondages d’opinion aux États-Unis montrent un échec patent de cette propagande 2.0 : les jeunes générations continuent de rejeter massivement la politique israélienne, prouvant qu’aucun tour de passe-passe algorithmique ne peut masquer durablement la réalité du terrain.







