Figure de l’art contemporain, Claude Lévêque sera jugé pour viols et agressions sur mineurs

Tu pensais que le monde feutré de l’art contemporain échappait aux pires dérives criminelles, mais le renvoi devant la cour criminelle de Claude Lévêque pour viols et agressions sexuelles sur mineurs vient pulvériser l’illusion d’impunité d’une figure jadis intouchable.
claude leveque

Ses néons tapissaient les galeries les plus prestigieuses de la planète, un de ses tapis a longtemps habillé les salons de l’Élysée et il représentait officiellement la France à la Biennale de Venise en 2009. Pourtant, l’artiste plasticien Claude Lévêque, 73 ans, va désormais devoir s’asseoir sur le banc des accusés.

Deux magistrates instructrices ont ordonné son renvoi devant la cour criminelle départementale de Seine-Saint-Denis. Les charges retenues contre lui donnent le vertige : viols sur mineur de quinze ans et agressions sexuelles sur mineur par personne ayant autorité.

Un mécanisme d’emprise au cœur de la création

Les faits visés par la justice s’étendent sur près de deux décennies, entre 1989 et 2007, ciblant des enfants alors âgés de 8 à 18 ans. Selon l’ordonnance de mise en accusation, l’artiste n’agissait pas au hasard : il utilisait sa surface sociale et son aura de star pour endormir la vigilance des proches.

Le schéma mis en lumière par l’enquête policière détaille une infiltration progressive du cercle intime des plaignants :

  • Confiance absolue : l’artiste était devenu un ami intime des familles, allant jusqu’à être le témoin de mariage des parents de deux des victimes.
  • Isolement géographique : invitations répétées dans ses propriétés de Raveau dans la Nièvre et de Montreuil, mais aussi lors de déplacements à Marseille ou Berlin.
  • Imbrication artistique : association directe des enfants à son œuvre via des tournages, des séances photos et le montage de ses expositions.

Dans ses installations passées, Claude Lévêque mettait en scène des lits d’enfants, des peluches abandonnées ou des guirlandes lacérées. Des œuvres célébrées par la critique qui prennent aujourd’hui une dimension particulièrement dérangeante à la lumière des dépositions judiciaires.

Le courage d’un signalement contre la prescription

Cette affaire hors norme a explosé en mars 2019 grâce à une lettre envoyée au procureur de Bobigny par le sculpteur Laurent Faulon. Dans ce courrier, cet artiste dénonçait les viols et agressions subis entre ses 10 et 17 ans de la part de Lévêque, alors ami proche de ses parents.

Bien que ses propres sévices soient légalement prescrits, la démarche de Laurent Faulon visait à briser l’omerta. En fournissant des dates, des lieux et des identités précises, son témoignage a permis aux enquêteurs de retrouver d’autres victimes dont les dossiers ne tombaient pas sous le coup de la prescription.

« Ils appréhendent d’être en sa présence, d’être confrontés à lui. Mes clients attendent qu’il reconnaisse pleinement les faits, sans essayer de les minimiser. »

Ces mots de Me Anastasia Pitchouguina, avocate de deux frères au cœur du dossier, traduisent la longue attente des plaignants devenus quadragénaires. L’un d’eux a notamment décrit lors des auditions des prétendues « séances initiatiques » ayant dégénéré en viols répétés dès l’âge de 10 ans.

La défense contre-attaque sur le terrain procédural

Mis en examen en mars 2023 et placé sous contrôle judiciaire, le plasticien nie les accusations les plus graves. Dès l’annonce de l’ordonnance des juges, ses avocats, Me Patrick Klugman et Me Lucas Veil, ont officiellement fait appel de ce renvoi devant la chambre de l’instruction.

Cette contestation des qualifications juridiques repousse temporairement l’ouverture des débats. Cependant, l’association Innocence en danger, constituée partie civile aux côtés des victimes, compte bien contraindre le milieu artistique à regarder en face un dossier où « beaucoup savaient » sans jamais avoir donné l’alerte.

Toujours présumé innocent à ce stade, Claude Lévêque risque jusqu’à vingt ans de réclusion criminelle si sa culpabilité venait à être formellement reconnue lors de son procès.

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