Mercredi matin, le siège parisien de l’Opco EP a vécu un violent séisme. Dès l’aube, la Brigade financière a perquisitionné le domicile du directeur général Arnaud Muret. Les enquêteurs ont ensuite investi les bureaux de la rue du Colonel Driant.
Les policiers ont fouillé les lieux jusqu’au bout de la nuit. Ils ont saisi des téléphones mobiles et copié des serveurs informatiques entiers. Ils traquent des factures suspectes et des comptes rendus de réunions sensibles.
Un choc inédit pour la formation professionnelle
Le journaliste Alain Ruello a révélé l’affaire dans le quotidien Les Échos. Dans le monde paritaire de l’alternance, ce coup de filet brutal fait immédiatement tache. Si tu veux comprendre le rôle clé de ces opérateurs de compétences, sache qu’ils financent chaque jour des milliers d’apprentis.
L’Opco EP collecte et redistribue chaque année deux milliards d’euros de fonds mutualisés. La structure pilote les compétences de 53 branches professionnelles et 2,4 millions de salariés. Des salons de coiffure aux cabinets dentaires, presque toutes les entreprises de proximité dépendent de ses décisions.
L’alerte ignorée de la Cour des comptes
Cette descente de police ne sort pas de nulle part. En février 2025, la Cour des comptes publiait déjà un rapport incendiaire sur l’opérateur. Les magistrats de la rue Cambon alertaient alors sur des risques majeurs de contentieux judiciaires.
Le rapport dénonçait un non-respect flagrant des règles de la commande publique. L’organisme écartait les appels d’offres réglementaires pour ses prestations informatiques et sa gestion immobilière. Les cahiers des charges limitaient souvent la concurrence entre prestataires.
Un plan de transformation ne requiert aucunement un tel recours ininterrompu à ce prestataire pour des tâches qui relèvent des agents de l’Opco.
Le scandale des cabinets de conseil extérieurs
Les sages ciblaient surtout les millions d’euros versés à un unique cabinet de conseil privé. L’opérateur sollicitait ce prestataire en continu depuis plusieurs années. Pourtant, la structure s’appuie déjà sur plus de 1 000 salariés qualifiés en interne.
À l’époque, la direction générale tentait de désamorcer la polémique en invoquant la fusion des branches. Arnaud Muret assurait que la DGEFP avait validé ces démarches exceptionnelles. Il certifiait aussi que les nouveaux achats répondaient strictement aux critères légaux.
L’heure des comptes a sonné
Les explications officielles n’ont visiblement pas convaincu les autorités judiciaires. Les magistrats financiers transmettent régulièrement leurs signalements au procureur de la République via l’article 40 du code de procédure pénale. La justice veut savoir où est passé l’argent destiné aux apprentis.
Les 58 instances paritaires et le millier d’administrateurs observent la crise avec une inquiétude grandissante. Les disques durs saisis par la police livrent désormais leurs premiers secrets aux enquêteurs. Les acteurs de la formation découvrent qu’aucun géant paritaire ne reste intouchable.







