Une fuite précipitée et des messages troublants
Manon, 31 ans, s’est volatilisée depuis le 27 mars dernier. Cette jeune mère de famille gérait une exploitation agricole et une pension pour chevaux à Saint-Étienne-de-Montluc, près de Nantes.
Pour ses proches, l’angoisse est totale. L’agricultrice n’aurait jamais abandonné ses animaux, et encore moins sa petite fille de 15 mois, Inaya. Pourtant, c’est le scénario que son compagnon, Abdelkrim B., a d’abord laissé entendre.
Quelques jours après la mystérieuse disparition de la jeune femme, cet homme de 41 ans a discrètement pris un vol direction l’Algérie. Dans ses bagages, il a emmené leur fillette, échappant ainsi aux premières questions des enquêteurs nantais.
La piste de la fuite volontaire de Manon a très vite été écartée par les forces de l’ordre face à des éléments particulièrement glaçants.
- Peu après le 27 mars, les proches de Manon ont reçu un étrange SMS provenant de son numéro.
- Le message affirmait qu’elle partait trois semaines pour une « formation Politique agricole commune ».
- Une formation totalement fictive, rédigée dans un style qui ne correspondait pas du tout à la jeune femme.
Pour les voisins, le doute n’est plus permis : le suspect numéro un aurait usurpé l’identité numérique de sa compagne pour gagner du temps et préparer sa cavale.
L’ombre d’un féminicide et la vidéo de la honte
Le profil d’Abdelkrim B. dresse le tableau d’une relation sous très haute tension. Condamné en 2019 pour des violences conjugales sur une précédente compagne, il est décrit par le voisinage de Manon comme un homme froid et possessif.
Il surveillait activement le téléphone de l’éleveuse et lui interdisait de nouer des contacts avec d’autres hommes. Un isolement typique des mécanismes d’emprise. D’ailleurs, Manon avait pris rendez-vous le 3 avril avec « Citad’elles », une association nantaise d’aide aux femmes victimes de violences. Un rendez-vous auquel elle ne se présentera jamais.
Au lieu de faire profil bas depuis l’Algérie, le suspect a choisi de s’exprimer publiquement. Le week-end du 25 avril, sous le pseudonyme « BK », il a lancé un direct lunaire sur la plateforme TikTok.
« Manon, c’est un ange. Mais peut-être elle cache des trucs affreux, peut-être qu’elle est très méchante. Les gens la voient comme quelqu’un de bien, mais il faut creuser, il ne faut pas écouter la presse. »
Dans cette vidéo, il affirme sans sourciller que sa compagne est « fragile », qu’elle « se cache parce qu’elle a honte » et promet de rentrer en France dès qu’elle donnera un signe de vie. Une défense en ligne qui n’a convaincu personne, et surtout pas les autorités.
Arrestation, complices et casse-tête diplomatique
Le lundi 28 avril, la cavale d’Abdelkrim B. s’est brutalement achevée. Il a été interpellé par la police algérienne, avec la petite Inaya à ses côtés. La mère de Manon, déchirée par l’attente, a confié son immense soulagement au micro de RTL, espérant que le suspect dise enfin la vérité.
Mais cette arrestation est loin de signer la fin des complexités pour la justice française. Le suspect n’a visiblement pas agi seul pour organiser sa disparition des radars.
Deux personnes ont été mises en examen pour « association de malfaiteurs en vue de la préparation d’un crime et modification des lieux d’un crime ».
- Un chauffeur de taxi nantais de 42 ans, aujourd’hui incarcéré.
- Une femme de ménage de 26 ans.
Surtout, la France fait face à un mur juridique. L’homme étant de nationalité algérienne et arrêté sur le sol algérien, son extradition vers la Loire-Atlantique est hautement improbable.
« L’Algérie n’extrade pas ses nationaux, c’est un principe de droit international et une convention bilatérale ratifiée en 2021 le confirme. »
Des moyens de recherche colossaux sur le terrain
En parallèle du volet judiciaire, la gendarmerie déploie un dispositif impressionnant sur les 70 hectares de l’exploitation de Manon et ses alentours. Une quinzaine d’enquêteurs travaillent à plein temps sur cette zone hostile, constellée de canaux, d’étiers et de marécages boueux.
Face à ce terrain impraticable, l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale (IRCGN) a sorti l’artillerie lourde. Les mêmes technologies qui avaient été utilisées pour rechercher le petit Émile ou la joggeuse Agathe Hilairet survolent actuellement Saint-Étienne-de-Montluc.
- Un drone de jour pesant un kilo et filant à 45 km/h pour cartographier le terrain.
- Un drone de nuit de 11 kilos volant à 90 km/h, équipé de capteurs thermiques.
Gérés par une intelligence artificielle de pointe et analysés par des experts militaires, ces engins traquent la moindre anomalie : un monticule de terre retournée, des traces de pneus inhabituelles ou une source de chaleur suspecte. Pour l’heure, la gendarmerie promet de ne fixer aucune limite de temps à ces recherches acharnées.
🔴"Un jour, vous allez comprendre que je n’ai rien fait."
— 75 Secondes 🗞️ (@75secondes) April 29, 2026
Ce sont les mots glaçants lancés par Abdelkarim B. lors d’un live TikTok suivi par des milliers de personnes quelques heures seulement avant son interpellation en Algérie.
Alors que Manon Relandeau, agricultrice de 31… pic.twitter.com/iXKXCuDvl8








