Samedi 7 mars, 16h00. Le protocole semble parfaitement respecté. Trois hommes en uniforme de police se présentent au greffe de la prison de Seine-Saint-Denis. Ils exhibent des réquisitions judiciaires en règle, tamponnées et signées, pour extraire un détenu dans le cadre d’une garde à vue. Sans se douter de rien, les agents fouillent les « collègues », vérifient les papiers et leur remettent Ilyas Kherbouch. Le trio repart par la grande porte, dans le calme le plus total.
Ce n’est que lundi soir, 48 heures plus tard, que le pot-aux-roses est découvert. En ne voyant pas revenir le prisonnier au bout du délai légal de garde à vue, les autorités pénitentiaires appellent le tribunal. La réponse tombe comme un couperet : aucun juge n’a jamais signé ce mandat. Tout était faux : les documents, les brassards, et même les cartes de police.
« Nous sommes encore dans un système où le papier fait foi, c’est clairement archaïque. »
Qui est « Ganito », le cerveau du home-jacking ?
À seulement 20 ans (il fêtera ses 21 ans dans quelques jours), Ilyas Kherbouch est déjà considéré comme une figure majeure du néobanditisme parisien. Son ascension fulgurante et sa dangerosité inquiètent les enquêteurs de la Brigade de répression du banditisme (BRB).
Voici le profil d’un détenu hors norme :
- Un palmarès précoce : Onze mentions au casier judiciaire depuis ses 14 ans, principalement pour des cambriolages et des vols aggravés.
- Expert en home-jacking : Il est soupçonné d’être la tête pensante de séquestrations violentes visant des personnalités, comme celle du gardien de but Gianluigi Donnarumma ou du chef étoilé Simone Zanoni.
- Commanditaire en cellule : Selon la police, il continuait d’organiser des casses et de terroriser des « petites mains » via les réseaux sociaux depuis sa prison.
- Horizon 2035 : Entre ses condamnations déjà prononcées (dont une de 7 ans pour vol à main armée) et les affaires en cours, sa libération n’était pas prévue avant dix ans.
Astucieux et doté d’une « grande intelligence » selon son avocate, il avait refusé d’être extrait pour un procès la veille de sa fuite, lançant un mystérieux « à quoi bon » qui prend aujourd’hui tout son sens.
Des failles béantes et l’ombre de la corruption
L’enquête, confiée à la juridiction interrégionale spécialisée (JIRS), avance vite. Deux suspects, dont un mineur, ont été présentés à un juge mercredi. L’un d’eux, originaire de Toulon et déjà connu pour trafic de stups, a été arrêté presque par hasard lors d’un contrôle routier à Paris alors qu’il portait une cagoule. Dans sa voiture : gyrophares, brassards « police », menottes et perruques blondes.
Le juge d’instruction ne se limite pas à l’évasion en bande organisée. Il a également ouvert des poursuites pour « corruption active » et « faux en écriture publique ». L’enquête devra déterminer si des complicités internes ont permis aux complices de reproduire si fidèlement les documents judiciaires indispensables à l’extraction.
« On demande aux forces de l’ordre d’être irréprochables, mais on laisse des failles béantes dans les procédures les plus basiques. »
L’évasion de Villepinte, prison régulièrement pointée du doigt pour sa surpopulation record (plus de 170 % d’occupation), fragilise un peu plus le système. Alors que l’inspection générale de la justice a été saisie par le Garde des Sceaux, une certitude demeure : en plein cœur de la Seine-Saint-Denis, un homme condamné à rester derrière les barreaux jusqu’en 2035 s’est offert une sortie digne d’un film d’Hollywood.








