Le nageur polonais Bartłomiej Kubkowski entre dans l’histoire

Après quatre échecs consécutifs et des années d’entraînement extrême, le nageur polonais Bartłomiej Kubkowski est enfin venu à bout de la mer Baltique. Il devient le premier homme à relier la Suède à la Pologne à la nage, sans jamais toucher un bateau ni fermer l’œil pendant plus de 55 heures.
bartłomiej kubkowski

Le pari fou d’un marathonien des mers

Le 21 juillet 2026 vers 20 heures, sur la plage de Dziwnów en Pologne, des foules en liesse attendaient un homme à la limite de la rupture. Parti 55 heures et 10 minutes plus tôt depuis Kåseberga au sud de la Suède, Bartłomiej « Foka » Kubkowski venait de signer un exploit monumental : parcourir 160 kilomètres dans une eau oscillant entre 13 et 18 °C.

En natation d’eau libre, la traversée entre la Suède et la Pologne n’a rien à voir avec les grands classiques comme la Manche ou le détroit de Cook. C’est un terrain hostile où la météo change en quelques minutes et où les courants marins peuvent balayer des heures d’effort en un instant.

Les règles draconiennes de l’exploit homologué

Pour que cette performance hors norme soit officiellement validée par les instances internationales, Bartek devait respecter un protocole d’une rigidité absolue durant la totalité du parcours :

  • Interdiction absolue de toucher le bateau : Qu’il s’agisse de se reposer, de s’agripper ou d’être tracté, le moindre contact physique avec l’embarcation d’assistance entraînait une disqualification immédiate.
  • Ravitaillement à la perche : Toutes les heures, l’équipe lui tendait au bout d’une perche des bouillons chauds, des pâtes, des électrolytes et même des toasts au fromage pendant qu’il flottait sur le dos.
  • Zéro sommeil : Rester éveillé pendant plus de deux jours d’affilée tout en maintenant une cadence de nage ininterrompue.
  • Sortie autonome : Kubkowski devait impérativement s’extraire de l’eau et se tenir debout sur la rive par ses propres moyens, sans aucune aide extérieure.

« Qu’est-ce que je fais là ? » : Quatre échecs avant la gloire

En Pologne, cette quête s’est transformée au fil du temps en une véritable saga nationale. Ancien nageur professionnel de haut niveau couronné de 40 médailles nationales, Kubkowski a quitté le bassin à 22 ans faute de pouvoir vivre de son sport avec une bourse de 110 euros par mois. Reconverti dans le marketing, sa passion pour l’océan l’a rapidement rattrapé.

Sa première tentative en 2022 s’arrête brutalement après 115 kilomètres à cause de douleurs brutales et de courants contraires. En 2023 et 2024, le scénario se répète. Mais c’est en 2025 que la tragédie frôle le héros : après 53 heures d’effort et 159 kilomètres parcourus, il perd connaissance à seulement 11 kilomètres de l’arrivée. Son équipe doit le sortir d’urgence de l’eau. Le documentaire FOKA, qui retrace cette tentative dramatique, cumule aujourd’hui plus d’un million de vues sur YouTube.

Hallucinations et bouteille de Coca-Cola

Pour son cinquième essai amorcé en juillet 2026, l’athlète de 30 ans savait que le vrai mur physique se dresserait après la 50e heure de nage. Et la mer ne l’a pas épargné. Pris d’hallucinations sévères causées par la privation de sommeil, Kubkowski a commencé à voir des parcs d’attractions et la tour Eiffel émerger des vagues.

À quelques kilomètres de la côte polonaise, le nageur a complètement perdu ses repères spatiaux, s’arrêtant pour demander à son équipage où il allait. C’est l’envoi d’un repas de secours et d’une simple bouteille de Coca-Cola lancée à la mer qui lui a redonné l’étincelle de lucidité nécessaire pour terminer les derniers mètres.

« Quand il fait noir, on ne voit plus rien sauf les lumières du bateau. Le froid devient plus présent et l’obscurité augmente la peur. Mais quand je nage longtemps, il n’y a plus que moi et la mer. »

Un exploit au profit des enfants malades

Au-delà de la performance athlétique brute, Kubkowski a toujours refusé de nager uniquement pour son propre nom. Associé depuis plusieurs années à la fondation Cancer Fighters, il a profité de la médiatisation de son aventure pour lever des fonds destinés au traitement des enfants atteints de cancer. Sa traversée victorienne a déjà permis de récolter près de 200 000 euros (850 000 zlotys).

Transporté immédiatement à l’hôpital après avoir touché terre, le nageur s’est montré incapable d’analyser l’impact de son record sur le moment. Interrogé sur la plage pour savoir ce que l’on ressent après avoir vaincu la Baltique, Bartek a simplement soufflé qu’il était « tellement fatigué qu’il ne savait pas encore ».

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