Un dernier souhait : mourir « belle et seule »
Mercredi soir, à la veille de son dernier souffle, Noelia apparaissait une ultime fois sur la chaîne espagnole Antena 3. Son témoignage, d’une dignité glaçante, a scotché l’Espagne devant ses écrans. Elle y expliquait vouloir partir vêtue de sa robe préférée, maquillée, pour « mourir belle ».
Derrière cette image se cache une réalité bien plus sombre que la jeune femme a fini par livrer aux médias espagnols comme El Pais ou La Vanguardia :
- Une enfance brisée entre divorces et foyers d’accueil.
- Des abus sexuels subis dès l’adolescence.
- Un viol collectif par trois hommes en octobre 2022.
- Une tentative de suicide manquée, la laissant paraplégique à 22 ans.
« Je ne veux servir d’exemple à personne. Je veux juste m’en aller en paix, ne plus souffrir. »
Deux ans de guerre judiciaire contre son père
Depuis qu’elle avait entamé ses démarches en avril 2024, Noelia a dû affronter l’opposition frontale de son père, Gerónimo Castillo. Soutenu par l’association ultra-conservatrice « Abogados Cristianos » (Avocats chrétiens), ce dernier affirmait que sa fille n’était pas en possession de ses facultés mentales pour prendre une telle décision.
Le dossier est monté jusqu’aux plus hautes sphères juridiques. On récapitule le parcours du combattant :
- Tribunaux de Catalogne : Avis favorable à Noelia.
- Cour Suprême et Cour Constitutionnelle espagnoles : Confirmation du droit à mourir.
- Cour Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) : Rejet définitif du recours paternel le 24 mars 2026.
Pour la justice, le diagnostic était sans appel : Noelia présentait une affection irréversible causant des douleurs chroniques et invalidantes, rendant sa demande parfaitement légale selon la loi espagnole de 2021.
Un séisme politique en Espagne
L’affaire a rapidement dépassé le cadre privé pour devenir un enjeu politique majeur. D’un côté, les mouvements conservateurs dénoncent une « dérive » vers le suicide assisté pour simple dépression. De l’autre, les défenseurs des libertés individuelles saluent le respect de l’autonomie d’une femme dont la vie n’était plus qu’une suite de supplices.
Certaines rumeurs et accusations graves ont même fuité dans la presse, notamment via Polonia Castellanos, présidente des Avocats Chrétiens. Elle a affirmé que l’hôpital aurait refusé de reporter l’intervention en août 2024 sous prétexte que les organes de la jeune femme étaient déjà « réservés » pour des dons.
Malgré le vacarme médiatique et les manifestations devant l’hôpital Sant Camil, Noelia est restée ferme. Elle ne voulait personne dans sa chambre au moment de l’injection létale. Elle ne voulait plus être comprise, seulement être libérée de ce corps et de ces souvenirs qui l’emprisonnaient depuis trop longtemps.
Et en France, on en est où ?
Le cas de Noelia résonne forcément chez nous. Alors que 92 % des Français se disent favorables à l’euthanasie selon l’Ifop, le texte de loi sur la fin de vie traîne encore dans les couloirs du Parlement. Initialement prévu pour avril, son examen au Sénat a encore été reporté à la mi-mai 2026, provoquant la colère de plusieurs personnalités politiques comme Yaël Braun-Pivet.








