Après trois ans de traque, de New York aux ruines de l’Ukraine, les journalistes affirment avoir mis un nom sur le visage du graffeur le plus recherché de la planète. L’homme derrière les pochoirs engagés s’appellerait Robin Gunningham, né en 1973 à Bristol. Pour en arriver là, l’agence de presse a recoupé des preuves dignes d’un film d’espionnage.
La « preuve » cachée dans un dossier judiciaire
Tout commence en l’an 2000 à Manhattan. Un graffeur est arrêté pour avoir détourné un panneau publicitaire Marc Jacobs. À l’époque, l’artiste n’est pas encore la star mondiale qu’il est aujourd’hui. Dans le dossier judiciaire exhumé par Reuters, une confession manuscrite apparaît, signée de la main d’un certain Robin Gunningham.
- Le nom : Robin Gunningham, originaire de Bristol.
- Le pseudo : David Jones, un patronyme ultra-commun utilisé pour voyager incognito.
- La tactique : Disparaître des registres publics britanniques juste après son arrestation.
Ce Robin Gunningham n’est pas un inconnu pour les fans hardcore. Dès 2008, le Mail on Sunday l’avait déjà dans le collimateur. Mais cette fois, les preuves semblent s’accumuler de manière plus solide, liant ses déplacements à ceux des œuvres qui apparaissent aux quatre coins du globe.
De Bristol aux zones de guerre en Ukraine
L’enquête a mené les journalistes jusqu’au village de Horenka, en Ukraine. En 2022, plusieurs fresques de Banksy y apparaissent pour dénoncer les bombardements russes. Des témoins locaux racontent avoir vu trois hommes à l’œuvre. En recoupant les listes de passagers et les documents d’immigration, Reuters a identifié deux complices probables.
« Le mystère fait partie de la réception de l’œuvre. Le récit autour de l’anonymat est inséparable de sa valeur sociale et économique. » — Thomas DeGloma, sociologue.
Parmi eux, on retrouve Robert Del Naja, le leader du groupe Massive Attack, ami de longue date de la scène underground de Bristol. À ses côtés voyageait un certain « David Jones », dont la date de naissance correspond exactement à celle de Robin Gunningham. Coïncidence ? Pour Reuters, la réponse est non.
Pourquoi vouloir le démasquer à tout prix ?
La publication de cette enquête divise. Si pour les journalistes, l’influence culturelle immense de Banksy justifie que l’on sache qui il est, pour ses fans, c’est un véritable « meurtre symbolique ». L’avocat de l’artiste a d’ailleurs tenté d’empêcher la parution de l’article, invoquant le respect de la vie privée.
En révélant son identité, on risque de briser ce qui fait la force de son art :
- La liberté : L’anonymat lui permet de critiquer les gouvernements sans subir de pression directe.
- Le message avant l’homme : Sans visage, l’œuvre appartient à tout le monde.
- La sécurité : En tant que graffeur, ses interventions restent techniquement illégales dans de nombreux pays.
Que Banksy soit Robin Gunningham ou un collectif d’artistes, le mythe en prend un coup. Comme le souligne la presse spécialisée, l’anonymat n’est pas qu’un gadget marketing, c’est une protection contre la marchandisation totale de son image. En devenant un « Monsieur Tout-le-Monde », l’artiste perd cette aura de super-héros urbain qui fascine la jeunesse depuis 30 ans.
Pourtant, Banksy reste fidèle à lui-même. S’il a contesté certains détails de l’enquête par la voix de ses avocats, il n’a jamais confirmé ni infirmé les conclusions de Reuters. Une ruse de plus pour continuer à nous faire douter ? On l’espère un peu.








