La loi Baptiste s’attaque au Far West des écoles privées
Le 1er juin prochain, les sénateurs examineront un texte crucial déposé à l’été 2025 par le ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste. L’objectif est clair : encadrer un secteur qui a explosé ces dernières années, mais qui fait face à des scandales réguliers de diplômes non reconnus et de formations low-cost vendues au prix fort.
Pour faire le tri sur Parcoursup, le gouvernement prévoit d’instaurer une validation par l’État obligatoire d’ici à 2030, divisée en deux nouveaux labels distincts :
- Le Partenariat : Réservé aux structures non lucratives d’intérêt général (les fameux Eespig).
- L’Agrément : Destiné aux structures privées à but lucratif (les écoles de commerce ou de tech privées classiques).
Si la Fesic soutient globalement cette reprise en main par l’État, elle estime que le projet actuel manque cruellement de dents. Pour les dirigeants des grandes écoles historiques, il ne faut pas se contenter d’une simple validation sur dossier face aux mastodontes du secteur. Notre enquête sur le business des écoles privées mettait déjà en lumière les rouages financiers complexes qui régissent ces établissements.
L’agrément d’État ne doit pas être « un encadrement de façade »
Lors d’une conférence de presse très offensive ce mardi 26 mai 2026, les représentants de la Fesic, qui compte 31 grandes écoles sous sa bannière, ont réclamé une régulation réellement plus exigeante. Pas question de laisser des boîtes privées lucratives obtenir un macaron de l’État sans montrer patte blanche.
Le président de la fédération, Jean Charroin, a immédiatement mis en garde les législateurs contre le risque d’un texte trop laxiste qui servirait simplement de caution administrative à des établissements douteux.
« L’agrément ne doit pas être un pur aval administratif. Pour être valable, il doit s’inscrire dans une logique d’évaluation. Les établissements doivent être évalués régulièrement sur des bases objectivées, avec des indicateurs précis. »
Pour éviter un simple effet d’annonce, la Fesic propose que l’obtention de cet agrément repose sur des critères matériels, humains et pédagogiques vérifiables. Les écoles devront prouver leur valeur à travers le taux de réussite aux examens, les conditions réelles d’encadrement des étudiants, et surtout l’insertion professionnelle des diplômés à la sortie.
Le business de l’apprentissage dans le collimateur
L’autre gros morceau sur lequel les grandes écoles associées au service public veulent serrer la vis concerne le financement public de l’apprentissage. Les contrats pro et l’alternance sont devenus de véritables pompes à fric pour certaines structures purement commerciales.
La fédération demande ainsi que les aides de l’État et les financements publics soient strictement réservés aux établissements officiellement reconnus et rigoureusement contrôlés. Cette offensive cible directement la gestion très financière de certains fonds d’investissement. L’analyse complète de ces géants est d’ailleurs disponible dans notre dossier sur Galileo, Omnes, Ionis : qui contrôle l’avenir de l’enseignement privé ?.
En parallèle, le texte de loi prévoit d’autres mesures de protection directes pour vous, les étudiants, face aux pratiques abusives de certaines écoles :
- L’instauration d’un droit de rétractation renforcé après l’inscription.
- L’interdiction pure et simple de certains frais administratifs cachés ou abusifs.
- L’extension de la certification de qualité Qualiopi à un plus grand nombre d’organismes de formation.
Une explosion des effectifs qui force la régulation
Cette volonté de réguler le marché ne sort pas de nulle part. L’enseignement supérieur privé a connu une croissance tout simplement hallucinante en moins d’une décennie. Entre 2015 et 2023, le nombre d’étudiants sur les bancs du privé est passé de 490 000 à près de 800 000.
Aujourd’hui en France, un étudiant sur quatre suit son cursus dans un établissement privé, souvent géré par les principaux groupes d’enseignement supérieur privé du pays. Face à cette bascule massive, le ministre Philippe Baptiste se veut toutefois rassurant : les dérives graves restent minoritaires et cette loi n’est pas un texte de défiance envers le secteur, mais une nécessité pour protéger les parcours des jeunes.
Les débats au Sénat s’annoncent particulièrement intenses. Les grandes écoles non lucratives espèrent bien que les parlementaires entendront leur appel pour transformer cet agrément en un véritable bouclier de qualité pour les étudiants.
















