Le retour du « voto in condotta » : comment ça marche ?
C’est un véritable tour de vis qui s’opère dans les salles de classe italiennes depuis la rentrée 2025. La réforme Valditara réintroduit la note de conduite, surnommée le « voto in condotta », de la primaire jusqu’au lycée. L’objectif affiché par la majorité est clair : restaurer l’autorité des enseignants et responsabiliser les élèves face à une explosion des violences scolaires (+110 % d’agressions en un an).
Le système de notation est simple mais radical :
- Moins de 6/10 : C’est le carton rouge. L’élève redouble automatiquement son année, quels que soient ses résultats dans les autres matières.
- 6/10 pile : L’élève est sur la sellette. Il doit passer un test de rattrapage en éducation civique portant sur les valeurs de la Constitution italienne pour espérer passer en classe supérieure.
- 7/10 et plus : Le passage est autorisé sans condition de comportement.
Cette note ne sera pas anecdotique : elle comptera également pour l’obtention de l’examen final, l’équivalent de notre Bac national.
Bavardages ou violences : qu’est-ce qui est sanctionné ?
Attention aux idées reçues : on ne redouble pas pour avoir oublié son cahier ou pour avoir un peu trop bavardé près du radiateur. Le Conseil d’État italien a précisé que la note éliminatoire (5 ou moins) est réservée aux faits graves et répétés.
Sont principalement visés :
- Les agressions physiques ou verbales envers le personnel scolaire.
- Le harcèlement et le cyberharcèlement entre élèves.
- Les dégradations importantes du matériel ou des locaux de l’établissement.
« La réforme des notes de conduite rétablit l’importance de la responsabilité individuelle et restaure l’autorité des enseignants », a justifié Giuseppe Valditara, le ministre de l’Éducation.
Des amendes records pour les parents
La réforme ne s’arrête pas aux murs de la classe. Elle s’attaque aussi au portefeuille des familles. En cas d’agression contre un enseignant, des amendes allant de 500 à 10 000 euros peuvent être prononcées par un tribunal. Cette somme est ensuite directement reversée à l’établissement pour réparer le préjudice.
Fait marquant : ces amendes concernent aussi les parents. En Italie, près de la moitié des agressions signalées contre les profs proviennent des familles elles-mêmes. Pour le gouvernement, il s’agit de mettre fin à une culture du conflit permanent entre la maison et l’école.
Un débat enflammé : exemple ou retour en arrière ?
Si la majorité se félicite de « ramener le respect », l’opposition et certains syndicats étudiants dénoncent une mesure « autoritaire et punitive » qui s’inspirerait d’une loi introduite sous Mussolini en 1924. En France, une « note de vie scolaire » avait été tentée en 2006 avant d’être supprimée en 2014, jugée trop subjective par les profs et les parents.
Les critiques pointent également des limites pratiques :
- Le risque de recours juridiques massifs de la part des parents mécontents.
- Le manque de moyens pour la santé mentale et le soutien pédagogique.
- L’inefficacité potentielle des travaux d’intérêt général pour les élèves suspendus.
Alors que la France s’interroge régulièrement sur les solutions pour apaiser le climat scolaire, l’expérience italienne sera observée de très près par tous les acteurs de l’éducation en Europe.
















